Retour sur la Fête de l'Huma 2014

La semaine dernière avait lieu la célèbre Fête de l'Huma, le fameux rassemblement des militants et sympathisants communistes, au Parc de la Courneuve [1]. Organisée, comme chaque année, par le quotidien du même nom et créé par Jean Jaurès en 1904, cet événement est l'occasion de tables rondes, de débats d'idées, mais aussi de spectacles musicaux. Depuis sa création en 1930, la Fête de l'Huma a ainsi accueilli de nombreux artistes français, mais aussi internationaux, parmi lesquels Pink Floyd (1970), The Who (1972), ou encore Genesis (1978) [2], contribuant à les populariser auprès du public français. Il faut dire que la scène, d'une grande capacité, permet d’accueillir presque 100 000 spectateurs pour un prix modique [3], ce qui suscite l'intérêt des fans.

Cette année, quelques semaines après avoir célébré le centenaire de l'assassinat de Jean Jaurès - tué à l'aube de la Première Guerre Mondiale - cette édition revêtait un caractère bien particulier, presque symbolique. En effet, l'homme, figure du socialo-communisme en France, aurait certainement eu son mot à dire, au moment même où les politiques s’interrogent sur la place de l'état dans l'économie ou sur l'orientation à donner au modèle social, enjeux cruciaux pour l'avenir.

De cette édition, la presse n'a pourtant retenu que l'apparition de Jean-Luc Mélenchon, candidat représentant des communistes à la dernière présidentielle, qui était accompagné de Jérôme Kerviel, ancien trader à la Société Générale. Cette association, pour le moins hétéroclite, n'a pas manqué de faire réagir, certains ne comprenant pas ce que Kerviel, incarnation de la fameuse "finance folle", faisait à la fête des prolétaires. L'homme politique s'est alors empressé de leur répondre, en défendant le trader, n'hésitant pas à le comparer à Alfred Dreyfus, un officier accusé injustement d'intelligence avec l'ennemi à la fin du XIXème siècle et que Jaurès avait soutenu [4]. De là à se prendre pour lui, il n'y a qu'un pas.

Hormis les photos de quelques anonymes et politiques tenant dans leurs mains des pancartes sur lesquelles on pouvait lire "Ma gauche à moi, elle..." compléter les points de suspension [5], un autre petit élément a attiré mon attention : la tête d'affiche de la programmation musicale, en l'occurrence le groupe de hard rock allemand Scorpions.
Programmation musicale de la Fête de l'Huma 2014 (source : site officiel)

Pour ceux d'entre qui seraient un peu trop jeune, sachez que ce groupe a écrit une chanson en 1990 intitulée Wind of Change, c'est-à-dire, traduit littéralement, "Vent de Changement". Sortie à une époque où les pays de l'est, et notamment la RDA, se libère du joug communiste - la chute du mur est intervenue peu de temps avant -, cette chanson est devenue l'hymne de la réunification allemande ainsi qu'un appel à la liberté. Elle annonce aussi, avec quelques mois d'avance, le changement qui interviendra en URSS avec la dislocation de l'empire communiste. Tout un symbole.
Clip de la chanson Wind of Change sur YouTube.

Il est donc particulièrement savoureux de voir ce groupe se produire à la Fête de l'Huma en cette année 2014. Étonnant aussi que les organisateurs aient pensé à lui, alors même que leurs idées politiques sont si différentes. Voir Scorpions chanter Wind of Change au milieu d'une foule de sympathisants communistes constitue une sorte de pied de nez de l'histoire, un message subliminal à la foule comme pour lui dire que ses idées sont révolues et définitivement archaïques. Autrement dit, bonnes à illustrer les livres d'histoire avec la mention "nuit gravement à votre liberté". Est-ce que la foule a pu saisir ce message ? Beaucoup doivent en douter, surtout quand ils entendent à longueur de journée les dirigeants politiques vitupérer contre le ultralibéralisme et son cousin par alliance le capitalisme. Une raison de plus de croire qu'il y a grand besoin d'un nouveau vent de changement dans ce pays...

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[1] Depuis 1960. Avant cela, elle a été organisée à plusieurs endroits dont le Parc de Vincennes ou dans la ville de Montreuil.
[2] Liste non exhaustive. Une plus complète est disponible ici.
[3] On passera sous silence les éventuelles subventions perçues par l'organisation de l'événement.
[4] Le comte-rendu de la visite de J.-L. Mélenchon par le Magazine Le Point est disponible à ce lien.
[5] Pour voir à quoi cela ressemble, allez sur le compte Twitter du PCF. 

Macron sur l'illettrisme : le coup de pied dans la fourmilière

"Il y a dans cette société une majorité de femmes et il y en a qui sont pour beaucoup illettrées. On leur explique "vous n'avez plus d'avenir à GAD ou aux alentours, allez travailler à 50 ou 60 km". Ces gens-là n'ont pas le permis de conduire ! On va leur dire quoi ? "Allez passer le permis de conduire, allez attendre un an"? Ça ce sont des réformes du quotidien."
Cette déclaration, faite hier matin par le nouveau ministre de l'économie, Emmanuel Macron, alors qu'il était interrogé sur le sort des salariés des usines GAD en Bretagne, a suscité l'indignation sur les réseaux sociaux - Twitter en tête - pendant une bonne partie de la journée. Rapidement accusé de "mépris" envers les petites gens employés dans cette entreprise, M. Macron a été contraint, sous la pression médiatique, de s'excuser dans la soirée. Un faux pas pour le jeune ministre, lui qui à peine nommé par Manuel Valls, avait déjà dû essuyer les attaques de la presse et d'une partie des responsables politiques concernant son parcours professionnel : diplômé de l'ENA et ancien collaborateur d'une grande banque, il n'était pas l'incarnation de la gauche luttant contre la "finance". Cette remarque du ministre vient renforcer cette impression, en plus d'être désastreuse pour la majorité au pouvoir, déjà affaiblie quelques temps auparavant par l'affaire des "sans-dents", expression par laquelle François Hollande désignerait les plus modestes des Français [1].

Cette longue succession de malentendus, de déclarations à l'emporte-pièce et de reculades systématiques devant les obstacles, a, petit à petit, envenimé les relations entre l'exécutif et la population depuis le début du quinquennat. Et si on ajoute à cela les mauvais chiffres économiques, c'est la goutte qui fait déborder le vase.

Pourtant, j'ai ici envie de prendre la défense d'Emmanuel Macron. Bien que maladroits sur la forme, ses propos n'en reflètent pas moins une vérité criante qui peut se résumer en un chiffre : aujourd'hui, en France, environ 7% de la population souffre d'illettrisme [2], autrement dit, éprouve des difficultés à déchiffrer des textes ou à écrire. Pour l'entreprise GAD, cette statistique grimpe à 20%. Dès lors, dire que le ministre de l'économie a insulté ces salariés est un contresens : il n'a fait qu'énoncer une vérité souvent ignorée par la classe politique.

La question n'est donc pas de savoir si Emmanuel Macron a fait une erreur en disant cela, mais de trouver des solutions pour remédier au problème de illettrisme en France. A la vue des chiffres de l'entreprise GAD, le Gref de Bretagne a tenté de réagir en proposant une série de formations, afin d'aider les salariés à acquérir ou réacquérir les savoir-faire fondamentaux. Car, au final, ces personnes sont confrontées, tous les jours, dans ou en dehors de leur travail, à des factures, des contrats, des panneaux de signalisation, etc. autant d'écueils qui deviennent une torture quand on ne maîtrise pas la lecture et l'écriture. Un véritable handicap qui leur interdit, aussi, de pouvoir aider leurs enfants à faire leurs devoirs ou d'avoir accès à la culture.

Sur un plan plus économique, l'illettrisme a des conséquences encore plus regrettables, comme l'a d'ailleurs fait remarquer le ministre. Comment ces personnes gens, privées de connaissances élémentaires en lecture et en écriture, peuvent obtenir et réussir des formations professionnelles ou se reconvertir après la perte d'un emploi ? Impossible avec de telles lacunes. Confrontés à cette situation, les illettrés se retrouvent le plus souvent dans le cul-de-sac de Pôle Emploi, ayant peu de compétences et une maigre expérience à faire valoir auprès d'un employeur. Les plus débrouillards peuvent espérer trouver des petits boulots, mais pour les autres, se sentant exclus de la société et honteux de leur condition, retrouver un emploi capable de subvenir à leurs besoins relève du parcours du combattant. Et qui dit chômage de longue durée, dit vie précaire et pauvreté. Un cercle vicieux.

Au regard des milliards d'euros dépensés chaque année par le pays dans l'éducation et la formation professionnelle, cette situation semble bien incompréhensible. A cet égard, l'état a montré ses limites en ne parvenant pas à éradiquer ce mal. Pire encore, les résultats de la France aux tests PISA, réalisés dans les pays de l'OCDE, montrent que le problème semble s'étendre, puisque de plus en plus d'enfants sortent du cursus primaire sans maîtriser l'écriture et la lecture : un retard qu'il sera difficile de combler par la suite et qui provoquera, à brève échéance, leur sortie du milieu scolaire sans formation ni diplôme. L'échec scolaire perpétuel. Pourtant les différents ministres qui se succèdent à l'Hôtel de Rochechouart [3] ne paraissent pas préoccupés par cela, oubliant au passage que sans ce socle, aucune autre connaissance ne pourra être acquise par les enfants.

Espérons quand même que les propos de M. Macron auront permis à certains de prendre conscience de l'ampleur du problème - même si j'ai peu d'espoir - et des efforts à consentir pour y remédier, à la fois sur les méthodes d'enseignement (le retour à la méthode syllabique, etc.), mais aussi sur le statut des écoles (à qui il faut donner plus d'autonomie) et de leur personnel (recrutement, salaires plus élevés). Plus de liberté et moins de dirigisme associés à quelques réformes permettraient à l'éducation de retrouver la voie de l'excellence, seul véritable moyen de réduire durablement les inégalités et la pauvreté dans le pays.

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[1] Selon les dires de son ex-compagne Valérie Trierweiler.
[2] D'après les chiffres de l'INSEE en 2013 et repris par Le Parisien à ce lien. L'illettrisme avait été désigné grande cause nationale.
[3] Le siège du ministère de l'Education Nationale.

Joueur de poker, un job comme les autres ?

Alors que se déroulent actuellement, et pour quelques jours encore, les célèbres World Series of Poker au Rio All Suite Hotel and Casino de Las Vegas, je trouve une occasion de raconter une petite anecdote sur ce jeu. Mais, tout d'abord, commençons par remonter un peu le temps. Le poker moderne prend son essor dans la première moitié du XIXème siècle, sur les bateaux à vapeur qui remontent le Mississippi [1], et dans les villes côtières, comme La Nouvelle Orléans. Par la suite, il accompagne les populations qui participent à la Conquête de l'Ouest. C'est à cette époque qu'il gagne sa réputation - abondamment reprise par le cinéma ou la télévision - de jeu de "tripot". Très pratiqué dans les saloons, le poker fait et défait des fortunes en quelques minutes, l'argent durement gagné par les uns finissant dans les mains plus opportunistes des autres. Les tricheurs démasqués risquaient, quant à eux, de subir le supplice du "goudron et des plumes".
Une partie poker entre Henry Fonda et Jason Robards dans Gros Coup à Dodge City (1966).

Aujourd'hui tout cela a bien changé évidemment. La diffusion de tournois à la télévision et la création de salles de jeu sur Internet a contribué à démocratiser le poker, qui d'une passion pour quelques-uns est devenu en quelques années un loisir pratiqué par des millions de personnes. Dans la culture populaire, beaucoup assimilent encore le poker à un simple jeu de hasard, où seule la chance, et parfois le bluff [2], permettent de gagner. Pourtant, sa logique repose sur bien d'autres facteurs tels que les mathématiques - il existe en effet un formalisme très développé qui, s'il est connu par le joueur, améliore considérablement ses probabilités de gain - ou encore les agissements et réactions de vos adversaires - ce que l'on nomme "tells" dans le jargon. Combinés ensemble, ces facteurs guident les joueurs dans leur stratégie, le but étant de rester le seul à la table à la fin de la partie.

Mais revenons-en aux World Series. Cette compétition, sorte de championnat du monde de poker, voit d'affronter, chaque année, des joueurs venant de toute la planète, autour des différentes variantes du jeu - Texas Hold'em, Omaha, Stud [3], etc. Pour peu qu'ils aient plus de 21 ans, législation américaine oblige, les amateurs peuvent venir se frotter aux professionnels les plus aguerris avec une chance de les battre et de remporter l'un des fameux bracelets couronnant les vainqueurs de chaque événement [4]. Parmi les grands noms qui se bousculent, on trouve un homme, Billy Baxter, qui depuis plus de 50 ans, fréquente les tables des casinos du pays. Même s'il n'est pas le plus connu de tous, Baxter est à l'origine d'une décision de justice dont les joueurs profitent sans même le savoir.

Né en 1940 en Géorgie, Baxter fréquente dès l'âge de 14 ans les salles de jeux d'Augusta. Il commence par jouer au billard, pratiquant ce que l'on nomme du "hustling" en anglais, une manœuvre qui consiste à paraître faible aux yeux d'un joueur ayant de l'argent, pour mieux le battre et le dépouiller par la suite [5]. Rapidement, avec ce système, le jeune homme gagne plusieurs milliers de dollars. Ses pérégrinations l'amènent à expérimenter le poker, qu'il finance, dans un premier temps, en continuant à jouer au billard. Le succès aidant, il décida de s'y consacrer pleinement. Quelques années plus tard, il devint même propriétaire d'un casino, le Paisley Club, au cours d'une partie. Mis au courant de cela, la police lui intima de fermer le lieu, ce qui acheva Baxter de se lancer dans les paris sportifs, une activité elle aussi très lucrative. Bravant la loi, il continue pourtant d'organiser des parties clandestines de blackjack et de roulette. Lors d'une édition du Masters de golf [6], il se fait prendre par le FBI, ce qui lui vaut ses premiers ennuis avec la justice. Multipliant les recours, il évite la prison pour un temps [7]. Mis à l'écart, Baxter reprend ses activités de joueur de poker.

Au milieu des années 70, alors qu'il revient de son voyage de noce, Baxter, toujours à la recherche de nouvelles tables de jeux, décide de faire une halte à Las Vegas pour quelques mois. Installé dans un hôtel avec sa femme, il commence à écumer les casinos de la ville, et remarque que sa maîtrise du jeu lui permet de défaire sans trop de difficultés des joueurs riches et peu expérimentés qui foisonnent sur le Strip. Autour des tables, il fait la connaissance de quelques tauliers du poker, tels Doyle Brunson [8], Puggy Pearson, Syd Wyman ou encore Stu Ungar [9], avec qui il nouera des liens d'amitiéCes bons résultats aidant, il se présente aux aux WSOP de 1975, et parvient à remporter le premier de ses sept bracelets WSOP [10]. Au vu de ce résultat, il se persuade de pouvoir gagner sa vie en devenant joueur professionnel. Ce faisant, Baxter entame un combat avec l'administration fiscale américaine. Une lutte qui dura près d'une dizaine d'années.

En effet, à cette époque, les gains de jeu sont taxés par le fisc américain à hauteur de 70%, contre 50% pour les revenus provenant du travail. Considérant que jouer est un travail comme un autre - tout du moins pour lui - et non un divertissement, Baxter trouve cette règle injuste. Dans un premier temps, il refuse donc de payer avant qu'un conseiller juridique ne lui fasse changer d'avis. En effet s'il s'acquitte de ses impôts, il évitera les éventuelles pénalités que lui pourraient lui réclamer le fisc et cela lui permettra de poursuivre l'état en justice pour demander la restitution d'une partie de ses revenus. Cette situation dure quatre années, de 1978 à 1981, période pendant laquelle Baxter reverse plus des deux-tiers de ses revenus à l'état.

Saisie, la justice américaine doit déterminer si Baxter travaille au sens propre du terme, c'est-à-dire s'il peut déclarer, ou non, ses revenus en tant qu'activité de "commerce ou d'affaires". A ce propos, la cour conclut que si le joueur a investi "du temps, de l'énergie et des compétences" pour gagner cet argent, alors cela constitue bel et bien un travail et par conséquent le revenu ne peut plus être taxé qu'à hauteur de 50% [11]. Le tribunal ajoute que l'argent misé par Baxter au poker - donc le capital - n'est qu'un "outil de travail" [12] ; le revenu substantiel qu'il en tire provient en fait de ses seules compétences et habiletés au jeu et non de la valeur intrinsèque de la mise de départ. De fait, la justice américaine donne raison à Baxter et demande la restitution du trop-perçu. Prenant connaissance du jugement, le gouvernement américain fait appel de cette décision et perd à nouveau contre Baxter. Acculées les autorités envisagent un temps de porter l'affaire devant la Cour Suprême des Etats-Unis, mais cette solution est vite abandonnée. Baxter a définitivement gagné son bras de fer. Dès lors, il ouvre une brèche dans la manière dont sont considérés les revenus du jeu. Puisqu'ils peuvent être considérés comme des revenus - le tout dépendant des faits et des circonstances - cela signifie que les gains et les pertes sont déductibles de manière à arriver à un bénéficie net. De même, on peut les investir dans des fonds de retraite. Une petite révolution dont bénéficie toujours les joueurs. D'autres pays ont, par la suite, adopté des législations similaires.

Mais plus que la décision de justice elle-même - je n'ai pas les compétences pour la juger - c'est la manière de l'obtenir qui a retenu mon attention : imaginerait-on, en France, un contribuable attaquer en justice l'administration fiscale pour un motif similaire ? On peut en douter puisqu'en l'espèce, l'état a tous les pouvoirs pour légiférer à sa guise, sans pouvoir être inquiété. Dès lors, la démagogie prend le pas sur la logique et on ne s'étonnera pas qu'au nom de la sacro-sainte justice sociale, nos gouvernements successifs aient mis en place une fiscalité punitive pour l'individu qui tente de gagner sa vie par quelque moyen que ce soit. Découragé, et n'ayant aucun recours juridique possible, ce dernier préfère diminuer le volume de son activité ou en dissimuler une partie - la fameuse économie grise - plutôt que de s'acquitter d'impôts toujours plus importants. Une voie qu'aurait pu suivre Baxter s'il n'avait pas eu cet espoir de recours face à l'administration fiscale américaine. Un exemple à méditer.

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[1] Tel que présenté dans le film Maverick - dérivé de la série éponyme des années 50 - de Richard Donner sorti en 1994 avec Mel Gibson dans le rôle principal. A noter que l'acteur James Garner, qui incarne le rôle du marshall dans le film, était le "Maverick" original.
[2] Mais le secret d'un bon bluff, c'est que de temps en  temps, il faut avoir les cartes...
[3] Le Stud est la première variante connue du poker dit ouvert. Existant en deux versions - à cinq (1 carte fermée, 4 cartes ouverte) et sept cartes (3 cartes fermées, 4 cartes ouvertes) - le Stud a été populaire du début du XXème siècle jusqu'aux années 70, à partir desquelles il fut supplanté par le Texas Hold'em. Cette dernière variante est aujourd'hui la plus jouée. A noter que dans le film Le Kid de Cincinnati (The Cincinnati Kid) de Norman Jewison, Steve McQueen joue au Stud à cinq cartes...
[4] Une soixantaine est organisée tous les ans, le plus prestigieux étant le Main Event, un tournoi de Texas Hold'em no limit à 10 000 dollars l'entrée.
[5] Le "hustling" au billard a été rendu populaire par le film de Robert Rossen, L'Arnaqueur, (The Hustler) avec Paul Newman dans le rôle principal.
[6] Créé par le célèbre golfeur Bobby Jones, il constitue le premier majeur de la saison et le seul qui se déroule au même endroit tous les ans.
[7] Il finira par purger une peine de 9 mois et 22 jours de prison au début des années 80.
[8] Doyle Brunson (1933-) alias Texas Dolly a remporté dix bracelets aux WSOP dont deux au Main Event (1976 et 1977). Il a aussi écrit un livre, Super System, dans lequel il explique comment il a gagné plus d'un million de dollars avec ce jeu.
[9] Stu Ungar (1953-1998), dit Le Kid, a remporté trois fois le Main Event aux WSOP (1980, 1981 et 1997). Véritable génie des jeux de cartes, il excellait au blackjack, au gin rami et au poker et a fait fortune grâce à eux. Un temps ruiné - il perdait tous ses gains au craps et aux courses -, Ungar sombre dans l'alcool et la drogue. Son amitié avec Baxter le fait revenir sur le devant de la scène quand ce dernier paie son inscription au Main Event des WSOP 1997, compétition qu'il remporte pour la troisième fois.
[10] Baxter est un spécialiste du "Deuce to Seven", une forme de poker fermé (à cinq cartes) dans laquelle le joueur doit former la plus petite main possible. Selon l'intéressé, le bluff y tient une place d'importance.
[11] La reconnaissance du poker comme travail est classée en tant que "faits et circonstances" ("facts and circumstances" en anglais) par opposition à la création de "biens et de services" ("good and services" en anglais).
[12] "Tool of trade" en anglais.

L'austérité, le mirage français

Depuis la crise économique qui a suivi l'éclatement de bulle immobilière américaine, on entend, ça et là, les politiques français - de quelque bord qu'ils soient - parler de l'austérité qui s’abattrait, prétendument, sur le pays. Mais qu'en est-il vraiment ?

Toujours plus d'impôts...


Depuis 2010, arguant qu'il fallait redresser d'urgence des comptes publics gravement déficitaires - il semblait alors que c'était une découverte pour la plupart des politiques français, alors même que l'état n'a pas enregistré d'excédent budgétaire depuis 1975 - l'exécutif, appuyé par le parlement, a donné un premier tour de vis fiscal, qui fut suivi en 2012 par un deuxième, asséné cette fois-ci par l'actuelle majorité. Autant dire que les deux camps sont d'accord sur les solutions à apporter au problème des finances du pays. Des impôts, qui ne servent non pas à reboucher le trou béant de la dette nationale - ou alors de façon très marginale -, mais à financer des promesses électorales toujours plus généreuses et démagogiques et à contenter certains corporatismes, par l’octroi de quelques privilèges supplémentaires [1].

En réalité, la réduction des déficits provient plus de l’accélération des recettes de l'état, du fait d'une croissance plus vive, que de l'augmentation de la pression fiscale. La nouvelle couche d'impôts votée en 2012 l'a d'ailleurs prouvée : à la fin de l'année dernière, elle ne provoquait pas l'effet escompté et les éminences grises de Bercy durent reconnaître un manque à gagner de près de 11 milliards d'euros de recettes fiscales. Trop d'impôts tue l'impôt. Un point de vue que défendait, jadis, Arthur Laffer - conseiller influent du président Reagan - et qui fut repris par plusieurs dirigeants dans les années 80, dont Margaret Thatcher [2].

...et toujours plus de dépenses


Donc, dans le même temps où l'état augmentait les impôts pesant sur les individus et les entreprises - le taux de prélèvement obligatoire a franchi le seuil des 46% en 2013 -, il a par la même continuer de dépenser plus, tant en pourcentage qu'en euros courants - respectivement 57.1% du PIB et 1150 milliards sur 2013 - : autrement dit, alors qu'il demande aux Français de se serrer la ceinture, l'état, de son côté, ne se prive pas pour s'accaparer toujours plus de richesses et les disperser aux quatre vents, sans se préoccuper de l'efficacité de cette dépense. D'ailleurs au vu des derniers résultats du chômage - dont la courbe ne s'est toujours pas inversée - on peut douter que le système dans l'état actuel fonctionne. Si tel était le cas, je n'écrirais pas ces lignes.

Donc pour résumer, si austérité il y a, elle n'existe pas pour l'état puisque celui-ci ne ralentit en rien son rythme de dépenses. Que les politiques cessent donc de nous dire que l'état "se serre la ceinture", dès que l'on parle d'économies de quelques dizaines voire quelques centaines de millions d'euros, alors même que tous les ans, les dépenses glissent de 30 milliards. Et ceux qui avancent l'idée de diminuer les dépenses de quelques milliards provoquent, systématiquement, à un tollé général, comme celui que doit affronter le gouvernement de Manuel Valls actuellement. On se heurte, ici, à un problème qui dépasse de loin les clivages politiques : dépenser moins, dans l'imaginaire culturel, implique nécessairement que le service rendu perdra en qualité. Plus encore, dès que l'on parle de réduire les dotations, on ne cesse de jouer sur l'affectif de la population, en lui disant, les yeux au bord des larmes, qu'il y aura alors moins d'écoles ou d'hôpitaux. Impensable donc pour tout politique souhaitant conserver son mandat. 

Pour notre classe politique, dépenser plus est donc devenu une règle tacite, un horizon indépassable, à croire qu'aucune autre solution n'est envisagée quand un problème, de quelque degré qu'il soit, se présente. Prenons, l'échec de notre système éducatif par exemple, régulièrement pointé du doigt par les tests PISA. Au lieu d'analyser les raisons de cet effondrement, le politique se contente juste de dire que ces mauvais résultats ont pour cause un manque de moyens alloués au secteur. Dépensons plus et tout rentrera dans l'ordre. Du moins en théorie. Et si au passage on peut acheter la paix sociale avec les syndicats, on fait d'une pierre deux coups.

L'austérité, le signe d'un manque de rigueur


Pourtant, les cures d'austérité sont indispensables si, pendant les années qui les ont précédées, la gestion des finances de l'état a été traitée avec laxisme par ses dirigeants. Si des périodes de déficits peuvent être rencontrées, du fait d'une mauvaise conjecture économique, il n'est pas normal pour un pays qu'elles se prolongent sur plusieurs décennies. N'en déplaise aux gens qui pensent que les services publics n'ont pas pour objectif d'être rentables. Ce genre de raisonnement ne passe pas le cap de la réalité : ne pas savoir gérer sainement les finances d'une entreprise ou d'un état - toute proportion gardées -, ne va qu'un temps avant que le spectre de la dette ne devienne un problème, ne serait-ce que par son financement.

Certains pays, confrontés à une telle situation ont réagi à temps et entrepris des réformes structurelles visant à améliorer l'efficacité des services publics, c'est-à-dire, maintenir la qualité tout en dépensant moins. On peut ainsi citer le Canada, la Suisse ou encore la Suède, et ce à peu près au même moment, au début des années 90. D'autres, au contraire, ont cédé à la démagogie en promettant monts et merveilles à la population via de la redistribution de richesses, qui la plupart du temps n'étaient pas créées. Il s'en est suivi le résultat que nous connaissons : l'explosion de leur dette à des moments critiques à causer des dommages sociaux considérables, provoquant chômage et pauvreté. Un choc pour ces pays qui se croyaient pourtant à l'abri.

Bien que critiquées par certains du fait qu'elles augmentent les inégalités, en réduisant la sphère de l'amortisseur social, les cures d'austérité n'en sont pas moins, quand elles sont conduites de manière adéquate, de formidables accélérateurs de croissance. Je m'explique. Assainies, les finances du pays, laissent plus de place à une nouvelle ère d'expansion économique, génératrice de richesses et d'emplois, qui par voie de conséquence, constituent le meilleur moyen de réduire les inégalités sociales dans la population. Concrètement, ces cures d'austérité ont pour but de déplacer un curseur, tout autant fiscal que réglementaire, en redéfinissant le rôle de l'état pour que celui-ci redonne toute sa place aux individus pour qu'ils créent, innovent et redonnent de l'élan à une économie, qui à force de concessions - en lieu et place de réformes - se retrouve incapable de profiter de conjectures favorables, au niveau continental ou mondial. Une sclérose qui, au final, débouchera sur une austérité forcée plutôt que choisie. Si d'aventures la France ne veut pas subir ce sort, il serait heureux que nos dirigeants fassent preuve de courage pour mener à bien le changement dont le pays a grand besoin.

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[1] Au hasard, les régimes spéciaux de retraites non encore réformés et qui pèsent lourdement sur l'économie.
[2] Inventeur de la fameuse courbe qui porte son nom et que nous expérimentons aujourd'hui.

Dividendes ou investissements ?

Le mois dernier, Alternatives Economiques publiait un article [1] dans lequel son auteur, Christian Chavagneux reprochait aux entreprises - notamment celles du CAC40 - de distribuer préférentiellement leurs bénéfices en dividendes. Sur l'année 2013, alors que les profits ressortent en baisse de 8% à 48 milliards d'euros, M. Cahvagneux montre que près de 85% de cette richesse part en dividendes au lieu d'être réinvestis par les actionnaires. Il note - et on peut vraisemblablement le croire - que cette proportion est en constante augmentation depuis les années 80 où cette rémunération de dividendes s'établissait entre 30 et 40% environ. Les dividendes représentent aujourd'hui 2.6 fois plus que les investissement alors que ce n'était que la moitié en 1980.

Conséquence de cette situation, l'appareil productif français est dans un état de sous-investissement depuis des décennies si on le compare à d'autres pays de niveaux économiques équivalents. Le diagnostic est sans appel : sans un revirement de la situation, l'écart avec nos concurrents directs continuera à s'accroître inexorablement.

Mais si l'article pointe les graves lacunes dans le domaine, il ne prend pas le temps d'expliquer pourquoi on en est arriver à un tel déséquilibre entre la rémunération légitime - même si certains diront le contraire - des actionnaires qui, prennent le risque initial, et les investissements nécessaires au développement et à la pérennité de l'entreprise. Il faut donc se poser la question : que s'est-il passé dans le pays depuis les années 80 pour que le centre de gravité des profits se déplace à ce point des investissements vers les dividendes ?

Plusieurs choses. D'une part, depuis cette période, la fiscalité sur les entreprises n'a cessé d'évoluer, revirant continuellement au gré des changements de majorités parlementaires [2]. Tantôt contraignante, tantôt un peu plus avantageuse, cette dernière n'a cessé de se densifier et de renforcer, notamment au niveau des charges salariales, même si l'impôt sur les sociétés a globalement diminué. Cette instabilité fiscale est donc loin de favoriser l'investissement. De fait, les éventuels actionnaires préfèrent récupérer leur mise de départ sous forme de dividende quitte à payer des impôts sur les revenus et le capital - l'ISF ou la CSG par exemple - : au moins, de cette manière, ils limitent les désagréments qu'ils auraient pu avoir en réinvestissant leur argent. Autrement dit, le jeu n'en vaut pas la chandelle.

D'autre part, des réglementations de toutes sortes se sont multipliées dans l'intervalle de temps, à la fois sur le marché du travail - on pense à la fameuse limite des 50 salariés par exemple - ou sur le fonctionnement même des entreprises - contrôles divers et variés, multiplication des procédures. Ajouté à ce que je viens de dire, cela n'incite pas prendre des risques nouveaux dans une entreprise, ou, tout du moins pas en France, dans les conditions telles qu'elles existent. D'autant plus que là encore, le législateur joue ne cesse de modifier les règles du jeu. Limiter l'innovation du fait de l'existence du principe de précaution, truffer les lois de garde-fous divers et variés afin de mettre un terme définitif à la fameuse concurrence déloyale, tout cela complique sérieusement la vie des entreprises depuis des années. Et l'arrivée d'une nouvelle équipe gouvernementale - même animée des meilleures intentions - ne rassure pas plus les chefs d'entreprise.

Découragé par toute cela, notre tissu entrepreneurial n'investit plus, innove moins et restreint, par conséquent, sa production de richesses et par la même, sa création d'emplois. Le soutien que devrait lui apporter l'état pour favoriser son expansion et sa conquête de nouveaux marchés est quasi inexistant. Un comble alors que sans lui, tout rebondissement de l'activité économique du pays est impossible. Pendant que nos dirigeants palabrent et ne cessent de s'agiter comme des cabris en annonçant des mesures mortes dans l’œuf, David Cameron, le Premier Ministre britannique, vient d'envoyer une lettre d'encouragement aux entrepreneurs de son pays [3]. Un état d'esprit bien différent du nôtre mais qui a permis au Royaume-Uni - même s'il reste aux abois au niveau budgétaire - de retrouver le chemin de la croissance [4], condition indispensable pour que le chômage et la pauvreté régressent.

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[1] Que le lecteur pourra consulter au lien suivant.
[2] On se souvient encore de cette lubie de taxation de l'EBE.
[2] Une lettre qu'a reçu Gaspard Koenig et que vous pouvez découvrir à ce lien.
[3] La plus élevée des pays développés pour cette année.

La vie des autres

"Si on sait que potentiellement on peut être écouté et qu'on n'a rien à cacher, il n'y a pas de problème à être écouté". Cette phrase, apparemment anodine, a été prononcée sur BFMTV par Benoît Hamon, ministre délégué à l'Économie sociale et solidaire et à la Consommation, au sujet de l'affaire des écoutes du président Sarkozy. Elle a rapidement provoqué la colère de certains membres de l'opposition - parmi lesquels Nathalie Kosciusko-Morizet [1] et Bruno Le Maire [2] - qui y voient une dérive autoritaire des institutions de la république et je ne peux que m'associer à cette observation [3].

Pourtant à bien y regarder de près, la déclaration de M. Hamon s'inscrit dans la continuité des propos de son collègue Manuel Valls, qui se disait choqué, il y a quelques semaines, que les Etats-Unis sacralisent à ce point la liberté d'expression de leurs citoyens. Au nom de la sécurité, ces deux ministres sont donc en train de justifier l'invasion de notre vie privée par les services gouvernementaux - comme si nos existences n'étaient déjà pas assez contrôlées comme cela -, tant et si bien que le périmètre non observable par l'état se réduit comme peau de chagrin. Pour vous en rendre compte, regardez le nombre de caméras de vidéosurveillance qui sont installées dans les rues des grandes villes de nos jours. nos faits et gestes sont épiés en permanence, sans, pour autant, que la délinquance ne recule.

A en croire ces membres de l'exécutif, aucun motif ne paraît nécessaire pour espionner la population. Dès lors, nous entrons dans le domaine de l'arbitraire, avec toutes les conséquences que cela peut avoir. Rappelons-nous le film La vie des autres, où un auteur de théâtre, jugé trop subversif par quelques oligarques du régime est-allemand, fut surveillé étroitement par la police secrète, la tristement célèbre Stasi, échappant de peu à la mort [4]. Au risque de contredire Benoît Hamon, l'état de droit, dans lequel nous sommes censés vivre, ne laisse aucune place à ce genre de comportement. A moins que l'on m'ait menti, chose à laquelle je ne peux pas croire un instant. Vouloir garder un œil sur chaque individu, qui plus est s'il n'est coupable de rien, est le propre des régimes autoritaires craignant que la population ne commence à remettre en cause l'ordre, injustement, établi.

La boîte de Pandore semble s'ouvrir un peu plus chaque jour en France et on ne peut exclure que Big Brother is already watching you [5]. Glaçant, même si nos dirigeants tentent, maladroitement, de nous rassurer, nous enfumant de déclarations tout en manipulant - au second plan - l'appareil législatif pour arriver à leurs fins. Assommé par cette propagande, le citoyen finit par y croire que cette surveillance systématique n'est pas une atteinte à ses droits fondamentaux. Après tout, cela ne devrait pas le déranger le moins du monde, puisqu'il n'a rien à se reprocher.

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[1] Déclaration de Nathalie Kosciusko-Morizet, reprise par Le Figaro et disponible à ce lien.
[2] Déclaration de Bruno Le Maire, reprise par Le Figaro et disponible à ce lien.
[3] Mais comprenez-moi bien, si Nicolas Sarkozy a enfreint la loi, il doit être jugé comme tel. Ce n'est pas cela que je remets en cause.
[4] Réalisé par Florian Henckel von Donnersmarck et sorti en 2006, il a obtenu l'Oscar du meilleur film étranger.
[5] Que George Orwell veuille bien me pardonner pour avoir, quelque peu, changé sa formule.

Droit du travail : les escabeaux de la discorde

A quelques mois de la cueillette des fruits, activité qui permet à quelques lycéens ou étudiants de gagner de un peu d'argent pendant les mois d'été, une directive européenne, confirmée par un décret du ministère du travail, vient d'interdire aux jeunes de 16 à 18 ans d'utiliser des escabeaux [1]. Des chutes malheureuses ont certainement convaincu nos chers bureaucrates européens - et français - qu'il fallait instaurer de nouvelles règles dans le domaine, afin de limiter les accidents. Dès lors, un problème engendre une interdiction, là où de simples recommandations d'usage auraient pu suffire. En effet, qui n'a jamais vu une personne se contorsionner sur un tel engin au lieu de descendre et de le déplacer ?

De son côté, l'Allemagne a eu une interprétation quelque peu différente de la décision européenne, en limitant à 3 m la hauteur maximale à laquelle pouvait travailler un jeune. Une manière de contourner cette règle dépourvue de bon sens et on peut parier qu'elle n'affectera pas outre Rhin l'emploi saisonnier de jeunes.

Mais en France, le législateur tout puissant est allé plus loin sans penser aux conséquences que cela pouvait engendrer. Au delà des considérations de sécurité, le décret pose un problème économique, puisque la main d'oeuvre étudiante lors des cueillettes de fruits représente un quart des emplois saisonniers employés dans ce secteur. Quel producteur ira donc engager des jeunes pour effectuer ce travail, s'ils n'ont plus le droit de monter sur des escabeaux ? Plus inquiétant encore, où est-ce que l'on pourra trouver le personnel manquant pour les remplacer ? De ce fait, on pénalise les deux parties. Et cela ne s'arrête pas là puisque bien d'autres travaux d'été requièrent l'utilisation de ce type d'équipement.

Cette décision nous interpelle une nouvelle fois sur l'interventionnisme excessif du politique dans l'économique, puisqu'elle complexifie - voire interdit - un peu plus les contrats qui peuvent se nouer entre deux entités. Au final combien d'emplois, y compris saisonniers, ne seront pas créés à cause du zèle de quelques technocrate et de réglementations superflues ? Des centaines de milliers sinon plus. Au moment où le pays tente de lutter contre le chômage, notamment celui des jeunes, par tout un tas de mesures onéreuses et inefficaces sur le long terme, il est dommageable que l'on contraigne autant l'accès au travail. Un problème récurrent de nos sociétés depuis près de 40 ans. Il n'est pas étonnant donc que notre pays compte plus de 5 millions de personnes en recherche d'emploi.

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[1] Information rapportée par France Info et disponible à ce lien.

Einstein sur le capitalisme

Albert Einstein, probablement l'un des grands savants de l'histoire, théoricien de la relativité restreinte et générale, a également réfléchi sur des sujets politiques et philosophiques et les a regroupées dans un ouvrage intitulé Comment je vois le monde. Je vous en livre l'une d'elles, telle qu'il l'a écrite :
"Le capitalisme a suscité les progrès de la production mais aussi ceux de la connaissance, et ce n'est pas un hasard. L'égoïsme et la concurrence restent hélas plus puissants que l'intérêt général ou que le sens du devoir. En Russie on ne peut même pas obtenir un bon morceau de pain. Sans doute suis-je trop pessimiste sur les entreprises étatiques ou communautés similaires mais je n'y crois guère. La bureaucratie réalise la mort de toute action" [1]. 
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[1] "Production et travail", dans Comment je vois le monde (1934-1958), chap. 2 "Politique et pacifisme", p. 85 (traduction de 1989).