Il était une fois... la balle de golf

Pourquoi les balles de golf sont-elles pourvues d'alvéoles ? Au premier abord, on se dit que ces petites aspérités, disséminées régulièrement çà et là, sur la surface de la balle doivent perturber son vol, que cela la rend moins efficace dans l'air ou bien que c'est juste une décoration du fabricant pour la rendre plus "jolie" à regarder. Pourtant, demandez à un joueur de golf - amateur ou professionnel - de comparer une balle lisse d'avec une balle alvéolée, et au bout de quelques drives, il choisira, invariablement, la balle alvéolée.

Comme très souvent dans l'histoire, c'est par un pur hasard que l'on a compris que ce type de balle volait mieux que tout autre modèle. Une petite découverte fortuite qui a révolutionné ce sport  en profondeur et l'a fait entrer dans l'ère des sciences et de la modernité.

Un peu d'histoire


Les premières balles de golf étaient fabriquées à l'aide de plumes. Mouillées, on les tassait dans une petite poche en cuir ou en toile, elle aussi imbibée d'eau. En séchant, les plumes se dilataient tandis que l'enveloppe se contractait, le tout formant une balle très dure qui était ensuite huilée et peinte en guise de finitions. Bien que les coutures étaient à l'intérieur, elles n'étaient pas parfaitement lisses mais se comportaient parfaitement sur le parcours [1]. Cependant, ces "plumeuses" comme on les appelait avaient un inconvénient de taille : fabriquées artisanalement, elles étaient très coûteuses et difficiles à produire en grande quantité [2].

Au milieu du XIXème siècle, pour remédier à ce problème, on commença à utiliser du gutta-percha [3] pour fabriquer les balles de golf. Cette gomme naturelle, semi-rigide, est extraite d'un arbre, comme sa cousine le caoutchouc. Bon marché, ce nouveau matériau permettait de fabriquer plus de balles en utilisant de simples moules. Le produit final était parfaitement lisse et devait donc - comme tout le monde s'accordait à le penser à l'époque - pouvoir couvrir de plus grandes distances [4]. Mais il n'en est rien. La nouvelle balle, baptisée "guttie", n'en fait qu'à sa tête. Elle plonge, est incapable de tenir une trajectoire rectiligne et, surtout, va moins loin que les anciennes plumeuses. Cependant, à force de recevoir les coups des joueurs, ces balles finissaient par se cabosser et certains joueurs se rendirent compte que ces défauts changeaient leur comportement : elles allaient désormais plus loin et ce en ligne droite. On venait de comprendre pourquoi les plumeuses et leurs coutures volaient plus longtemps. Le principe des alvéoles était né.

Rapidement, on commença à imprimer des creux sur les balles avec un marteau avant que des moules ne soient conçus pour reproduire un dessin plus régulier et de meilleure qualité. Plusieurs motifs sont développés : striures, rainures, bosses,... La plus connue d'entre elle, la "ronce" possédait une séries de bosses resserrées. Il faut attendre le début du XXème siècle pour qu'un industriel, William Taylor, dépose le brevet du motif d'alvéoles - disposées régulièrement sur toute la surface de la balle - que nous connaissons encore aujourd'hui, à quelques modifications près. Dès les années 30, ce modèle était déjà devenu le standard mondial des joueurs de golf.

Pourquoi une balle vole ?


A la même époque, une nouvelle science fait son apparition : l'aérodynamique. Et elle ne tarde pas à s'intéresser à la problématique du vol es balles de golf [5] et essaie de trouver une origine au gain obtenu avec les balles cabossées. Peter Guthrie Tait, un physicien écossais et joueur amateur, est le premier à tenter une explication avec la publication, en 1891, d'une série d'articles scientifiques, dans lesquels il affirme que la rotation de la balle est à l'origine de ces vols allongés. Ce phénomène est connu sous le nom d'effet Magnus [6,7]. Concrètement, quand une balle est en rotation dans l'air, elle va interagir avec le fluide qui l'entoure. Si elle tourne dans le sens des aiguille d'une montres, elle accélère le fluide qui passe au-dessus d'elle ce qui a pour effet d'abaisser la pression [8] et d'aspirer, en quelque sorte, la balle vers le haut : elle peut donc voler plus longtemps. En aérodynamique, la force qui attire la balle vers le haut est appelée portance. Elle contre les effets de la pesanteur. C'est exactement la même force qui permet aux avions de tenir en l'air, même si elle est mise en oeuvre différemment [9].

En plus de la portance, une autre force agit sur la balle : la traînée. C'est elle qui freine sa course dans l'air. Sans entrer dans les détails, il existe plusieurs types de traînées qui interviennent quand un solide se déplace dans l'air [10]. Dans le cas de notre balle de golf, il y en a principalement deux : la traînée de frottement et la traînée de pression (ou de forme). La première est assez simple à comprendre. L'air est un fluide visqueux [11], c'est-à-dire qu'il s'attache à la paroi du solide en mouvement avec lequel il entre en contact. Plus la vitesse de l'objet augmente, et moins le frottement dû à la viscosité a d'impact sur l'écoulement : il se trouve confiné aux plus proches abords de la paroi dans un lieu nommé couche limite.

Le deuxième type de traînée provient de la forme de l'objet qui est placé dans l'écoulement. Comme chacun a pu s'en rendre compte, une balle n'est pas aussi profilée qu'une aile d'avion [12] et par conséquent, elle présente une résistance à l'air bien supérieure. L'air qui arrive en amont de la balle se sépare en deux et développe une couche limite stable à la paroi. Au fur et à mesure que l'on se déplace vers l'aval, la couche s'épaissit et perd de son énergie. Dès lors, elle ne peut plus contrer l'inversion de pression qui s'y produit [13] : elle ne parvient plus à adhérer à la paroi et finit par décoller [14]. Dans le sillage du corps, il se forme un cortège de tourbillons qui freinent sa progression. Cette traînée de pression est la première cause du ralentissement de la balle pendant le vol. Bien évidemment, on ne peut pas changer la forme de la balle pour réduire cet effet qui disons-le est dévastateur. C'est là qu'interviennent les alvéoles.

Le rôle des alvéoles


Il y a un autre paramètre dont je n'ai pas encore parlé ici : le nombre de Reynolds [15]. Valeur caractéristique d'un écoulement, il permet de distinguer si celui-ci est laminaire ou bien turbulent. Encore des termes compliqués me direz-vous. En mécanique des fluides, un écoulement est dit laminaire quand les lignes de courant qui le constituent restent parfaitement parallèles et régulières. En pratique, ce type d'écoulement est assez difficile à obtenir et on a plus facilement affaire aux écoulements dits turbulents [16], pour lesquels les mêmes lignes de courant s'emmêlent dans tous les sens.

Le nombre de Reynolds est proportionnel à la géométrie de l'écoulement - le diamètre de la balle par exemple - à la vitesse de l'écoulement et inversement proportionnel à la viscosité du fluide qui le constitue. A dimensions et propriétés du fluide fixées, on passe d'un régime laminaire à un régime turbulent en augmentant la vitesse de l'écoulement. Pour une boule, la valeur de transition entre les deux est d'environ 3000 [17]. Moins ordonné, plus difficile à décrire, le régime turbulent n'a - à première vue - aucun avantage à faire valoir et c'est, en effet, très souvent le cas. Pourtant, pour notre problème de balle de golf, il en est tout autrement. La présence d'alvéoles à la surface change le comportement du fluide. L'air s'introduit dans les anfractuosités et revient sur lui-même, créant ainsi de minuscules tourbillons. La couche limite aux abords de la paroi - qui était laminaire dans le cas d'une balle lisse - devient turbulente. Plus épaisse mais aussi plus énergétique, elle a la capacité de rester attachée à la balle bien plus longtemps que son homologue laminaire. Conséquence de tout cela, le sillage derrière la balle est considérablement réduit tout comme la traînée de pression. La balle est donc moins freinée et va plus loin. Sa trajectoire est aussi mieux maîtrisée par le joueur qui peut lui donner tous les effets qu'il veut. Simple, mais encore fallait-il y penser.

Mais ce n'est pas tout. L'effet Magnus qui maintient la balle en l'air par sa rotation horaire est améliorée par la présence des alvéoles.

Farther and further


Depuis que ces propriétés sont connues, on a sans cesse chercher à améliorer les qualités des balles de golf. Ainsi, on a testé à travers le temps plusieurs types de balles avec plus ou moins d'alvéoles. Aujourd'hui, leur nombre évolue entre 300 et 450, même si certaines ont pu en compter jusqu'à 500. Autre particularité, il y en a toujours un nombre pair [18].

Depuis les années 60, les caractéristiques des balles de golf ont été arrêtées par l'USGA (United States Golf Association). La vitesse dans l'air au moment de la frappe, mais aussi la quantité et la disposition des alvéoles à la surface sont désormais strictement réglementés. Le diamètre, quant à lui, a évolué au fil du temps passant de 1.62 pouces dans les années 20 (environ 42 mm) à 1.68 pouces (approximativement 46 mm) à partir de 1974 [19,20]. En 1981, une nouvelle règle a été instaurée pour exclure les balles asymétriques. En effet quelques années auparavant, un nouveau fabricant, Polara, avait proposé à la vente une balle dont les aspérités n'avaient pas la même profondeur à l'équateur et aux "pôles". Cette balle, magique, était beaucoup plus stable que les autres, ce qui, d'après l'USGA réduisait l'intérêt du jeu [21]. 

Une dernière information : bien que les alvéoles des balles soient traditionnellement circulaires, il semble - d'après des recherches récentes - qu'une forme hexagonale améliorerait encore le vol des balles. Les petites balles blanches n'ont donc pas encore livrées tous leurs secrets.

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[1] Performance que l'on attribuait à la présence de plumes.
[2] Elles pouvaient coûter jusqu'à trois fois le prix d'un club.
[3] Cet arbre est cultivée en Malaisie.
[4] La légende veut que ce soit un pasteur écossais, Adam Paterson, qui soit l'inventeur de cette balle.
[5] D'ailleurs, pour valider son concept, Taylor, s'était aidé d'une soufflerie, un de ces fameux tunnels dans lesquels circulent de l'air à haute vitesse.
[6] Ce phénomène est observable lors d'un match de tennis quand les joueurs impriment un effet "rétro" à la balle : elle vole plus longtemps. L'effet contraire - connu sous le nom populaire de "lift" - a bien évidemment la conséquence inverse et la balle plonge plus rapidement.
[7] L'effet Magnus a été utilisé pour propulser des bateaux comme l'Alcyone du commandant Cousteau (turbovoile).
[8] Par utilisation du théorème de Bernouilli en considérant que l'air se comporte comme un fluide incompressible ce qui est parfaitement acceptable étant donné les vitesses des balles.
[9] Faites-en l'expérience vous-même. Passez votre main, à plat, à travers la vitre d'une voiture, il ne se passe rien. En revanche, si vous l'inclinez légèrement vers l'avant, vous allez la voir partir rapidement vers le haut.
[10] Notablement, il existe aussi la traînée d'onde pour les objets supersoniques et la traînée induite, celle qui produit les fameux tourbillons de sillage au bout des ailes des avions. 
[11] Cela n'est pas forcément évident de prime abord. Ceci explique pourquoi un solide a plus de difficultés à se mouvoir dans certains milieux. 
[12] Il existe une fonction mathématique qui permet de la balle à l'aile d'avion : la transformation de Joukovsky du nom du scientifique russe, Nikolaï Joukovski (ou Zhukovsky) qui l'a théorisée. Les puristes m'objecteront - à raison - que cette transformation est appliquée à un cylindre. Mais dans le plan, un cylindre ou une boule, ont la même image, à savoir un disque. Concrètement, cette transformation est dite conforme c'est-à-dire qu'elle bijective et qu'elle conserve les angles mais pas les distances. Dans la vie de tous les jours, on peut voir des exemples de l'utilisation de cette fonction mathématique : les projections d'une sphère en deux dimensions (projection Mercator en cartographie).
[13] On parle alors d'inversion du gradient de pression.
[14] Le même phénomène peut se produire pour une aile d'avion quand celle-ci est trop inclinée. La couche limite décolle ce qui résulte en un décochage - parfois fatal - de l'aile.
[15] Inventé à la fin du XIXème siècle par Osbourne Reynolds (1842-1912), il est l'une des grandeurs fondamentales de la mécanique des fluides.
[16] Si vous en voulez un, ouvrez votre robinet. Quand le débit est élevé, les filets de l'eau irréguliers et erratiques sont caractéristiques d'un écoulement turbulent.
[17] Valeur strictement indicative.
[18] Même si certains se sont amusés à créer des balles avec un nombre impair d'alvéoles.
[19] La première est appelée "balle anglaise" ; la deuxième "balle américaine".
[20] D'après une information du journal Le Point (consultable à ce lien), certains suggèrent que l'on pourrait jouer avec des balles encore plus grandes.
[21] Un procès - réglé à l'amiable par le versement d'une forte somme d'argent - a opposé l'USGA et Polara.

Le robot qui imprime des maisons

Traduction d'un article original du site Shareable, "The Robot That Can Print a Real House in 24 Hours".

Alors qu'en ce début de XXIème siècle, la technologie continue de progresser à une vitesse folle, environ un milliard de personnes continue de vivre dans des bidonvilles, et l'on estime que ce nombre pourrait atteindre les 2 milliards d'ici à 2030.

Est-ce que la technologie de l'impression en trois dimensions sur béton pourrait fournir des abris pour loger les personnes les plus pauvres et les plus vulnérables de la planète ? 

Les bidonvilles dans le monde sont majoritairement concentrés dans le "sud" : Afrique, Asie, Amérique Latine ; des endroits où le processus urbanisation ne s'est pas accompagné d'un développement économique, et, qui sont caractérisés par des conditions sanitaires déplorables, des habitations entassées les unes sur les autres et des constructions de mauvaise qualité, le tout exposant les populations qui y vivent aux maladies et aux catastrophes naturelles.

D'après un article de MSN Innovation, du professeur Behrokh Khoshnevis de l'Université de Californie du Sud, les bidonvilles constituent "un problème de construction classique, qui est lent, laborieux et inefficace".

Khoshnevis a développé une technologie de "contour crafting" qui utilise une grue robotique géante pour littéralement imprimer le béton. Guidé par un plan créé par ordinateur, le système peut construire une maison de 2500 pieds carrés (soit environ 230 m²) en 24 heures, et le résultat final est bien plus robuste que les constructions traditionnelles.
D'après Contour Crafting.

"La plupart des biens d'aujourd'hui – vêtements, voitures, appareils électroniques – sont produits grâce à des processus automatisés" poursuit Khoshnevis. La construction d'habitations sera la prochaine étape.

Mais cette automatisation du secteur ne va-t-elle pas détruire des emplois dans ce domaine ?

Environ 5.8 millions d'Américains et quelques 110 millions de personnes dans le monde travaillent dans le milieu de la construction.

Dans l'article, Khoshnevis indique que cette nouvelle technologie peut potentiellement créer de nouveaux emplois, plus sûrs pour les ouvriers, ce qui permettrait d'éviter la mort de plus de 10 000 personnes chaque année sur les chantiers.

Comme toutes les nouvelles technologies innovantes, la construction de maisons par impression en trois dimensions devrait perturber ce secteur économique. Mais, après tout, des Américains étaient fermiers au début du siècle dernier et aujourd'hui, il y en reste encore fait remarquer Khoshnevis.

Cette technique présente quand même quelques inconvénients. Les sites de construction doivent être parfaitement dégagés et disposer d'un sol plat afin que les imprimantes en 3D puissent fonctionner. Dans plusieurs bidonvilles dans le monde, telles que les favelas au Brésil, les terrains plats sont une denrée rare. Aplanir ces zones ne se fera pas automatiquement ce qui nécessitera encore l'intervention d'ouvriers pour effectuer le travail.

Pour l'instant, aucune habitation n'a encore été construite et le système continue à être testé. Avec le développement et la distribution de cette technologie, de plus en plus d'objets sont imprimés, et on peut penser que ce n'est qu'une question de temps et d'argent pour que cela n'arrive dans le secteur du bâtiment.
Ce "contour crafting" test de mur présente une résistance de 10000 PSI contre 3000 simplement pour un mur traditionnel.

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[1] Que l'on pourrait traduire approximativement par "forme artisanale", même si je n'ai pas trouvé de traduction plus élégante.

L'échec du pacte climat-énergie

La recommandation est venue du Commissariat général à la stratégie et à la prospective (CGSP), créé voici un peu moins d'un an par Jean-Marc Ayrault pour le conseiller sur les orientations à prendre en matière d'économie, d'environnement ou encore de culture [1]. Dirigé par l'économiste Jean Pisani-Ferry, l'organisme a publié, ce mardi, un rapport [2], dans lequel il préconise de revoir les mesures de soutien aux énergies renouvelables. Étonnamment, cette publication intervient quelques jours seulement après que Sigmar Gabriel, le nouveau ministre fédéral allemand de l'Economie et de l'Energie, ait annoncé vouloir baisser les subventions au secteur, afin d'orienter les prix de l'énergie à la baisse [3].

Prévisions erronées


Tout commence à la fin de l'année 2008, quand les pays européens décident, en pleine crise, de signer le "pacte climat-énergie", avec trois objectifs - le fameux 20-20-20 - à atteindre à l'horizon 2020 : réduire de 20% les émissions de gaz à effet de serre, accroître la part de production d'électricité par les énergies renouvelables de 20% et améliorer l'efficacité énergétique de 20%. Le but avoué était alors de faire de l'Europe le leader mondial dans le domaine de l'énergie propre. A ce moment, le coût des énergies fossiles était tel - le baril de pétrole venait de passer les 145 dollars à New-York en juillet, son plus haut historique [4] - que les énergies alternatives seraient rapidement rentables malgré les investissements à consentir. A moyen terme, leur subventionnement devait disparaître et le marché aurait, seul, assuré leur viabilité.

Mais, au grand dame des initiateurs du projet, rien en s'est passé comme prévu. La crise économique mondiale a rebattu les cartes en la défaveur des énergies propres. D'une part, le recul de l'activité économique a fait chuter la demande en matières premières fossiles. Leur prix ont reculé tout comme les quotas de CO2 alloués par les pays membres de l'Union Européenne depuis 2003. Alors que la tonne de CO2 s'échangeait à 35 euros en 2008, elle a dégringolé à moins de 3 euros à l'été 2013 [5,6], obligeant le parlement européen à geler la mise sur le marché de 900 millions de tonnes pour la période 2013-2015 [6]. Prenant conscience de cela, de nombreux pays européens - dont l'Allemagne [7] - ont sauté sur l'occasion pour produire de l’électricité avec du charbon. Si on ajoute à cela le développement massif de l'exploitation massive des gaz de schistes aux Etats-Unis pour faire revenir la croissance et fabriquer à bon marché qui a provoqué la chute du prix de la tonne de charbon - environ 30 % de moins entre janvier 2012 et juin 2013 -, on commence à entrevoir que le marché européen de l'énergie a été complètement chamboulé et se trouve désormais dans l'incapacité d'atteindre l'objectif de moins 20% d’émissions de gaz à effet de serre, voulu par le pacte climat-énergie.

L'irruption des énergies vertes


En même temps que se produisaient ces événements, les pays européens développaient, à coup de subventions, l'implantation d'énergies renouvelables - photovoltaïque, éolien - afin de se conformer à l'accord. Dès lors, l'Europe entre en surproduction d'électricité, les prix de gros partent à la baisse et la rentabilité de certaines installations de production - notamment celles fonctionnant au gaz naturel - se dégrade. Le rapport du CGSP estime ainsi que 12% des installations de ce type dans l'UE pourraient fermer d'ici à trois ans. A terme, ce chiffre pourrait même grimper jusqu'à 40%. Or, ces centrales ont un avantage par rapport aux tranches conventionnelles : elles permettent de faire face aux pics de demande du réseau, comme ceux qui surviennent en hiver par exemple, ce que la production par les énergies renouvelables, aléatoire et irrégulière, est incapable de faire. Leur arrêt - voire leur fermeture - rendrait donc le réseau beaucoup plus vulnérable aux fluctuations, car moins flexible.

Pour autant, la baisse des prix de l'énergie électrique ne s'est pas répercutée sur le consommateur européen. On peut même dire que celui-ci a vu sa facture grimper de près de 27% entre 2008 et 2013 [8]. La raison à cela est que les particuliers continuent à payer les subventions de soutien au secteur des énergies renouvelables, soit une addition de 30 milliards d'euros pour la seule année 2012. Un comble. Dans le même temps, les compagnies d'électricité européennes - exsangues à cause des revenus en baisse - ne sont plus capables d'assurer les investissements nécessaires au maintien en bon état de leurs infrastructures, parfois très anciennes, ce qui pourrait occasionner quelques soubresauts sur le réseau dans un proche avenir. Et cette situation semble ne pas pouvoir s'arrêter, puisque le développement des énergies renouvelables est toujours d'actualité, ce qui mécaniquement entraînera une baisse des prix de gros, un sous-investissement des installations et ainsi de suite. Le pacte climat-énergie a donc abouti à une situation précaire où l'approvisionnement en électricité de l'Europe n'est plus assuré.

L'autre conséquence directe de cette politique européenne a été de dégrader la compétitivité industrielle de l'Europe par rapport à d'autres pays, comme les Etats-Unis, où l'extraction des gaz de schiste a fait baisser le coût de l'énergie, attirant des capitaux nouveaux. Si la situation actuelle perdure, l'Europe pourrait voir partir certains pans de son économie vers d'autres régions plus attractives.

Des solutions


Au vu de ce constat, assez pessimiste, le CGSP conseille au premier ministre et à l'Union Européenne de réduire les émissions de CO2 afin de faire remonter le prix de la tonne sur le marché aux alentours de 40 euros. En parallèle, le soutien aux énergies renouvelables devra être réduit afin de soulager les entreprises. Le rapport suggère également de mettre en place des stratégies pour atteindre l'objectif d'efficacité énergétique [9].

De notre côté, on ne peut s'empêcher de penser que les dirigeants européens ont voulu se substituer aux intentions des acteurs de l'économies - entreprises, particuliers notamment - en signant ce fameux pacte. Sa mise en oeuvre, au moment critique où la conjoncture économique mondiale s'inversait, s'est révélé néfaste. Les investisseurs, manquant de visibilité sur l'avenir, n'ont pas réagi comme l'avaient prévus les initiateurs du projet. Paradoxalement, des moyens d'obtenir une énergie moins chère - on pense à l'exploitation du gaz de schiste pas plus polluants que les mines à ciel ouvert exploitées en Allemagne - et d'assurer le retour de la croissance, ont été écarté d'un revers de la main alors que les industriels  et la technologie étaient prêts, ce qui n'était pas le cas pour les énergies vertes. A vouloir se substituer au marché, les états, ont alloué des ressources à ce secteur non mature technologiquement [10], tout en dépeçant d'autres, à qui ces capitaux manquent désormais. Cette stratégie hasardeuse a créé un déséquilibre, qu'il faudra bien résorber d'une façon ou d'une autre.

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[1] Il est une émanation du défunt Commissariat général du plan.
[2] Rapport que vous pouvez consulter sur le site du CGSP à ce lien (pdf). Une partie des chiffres de cet article en sont tirés.
[3] Une information relayée par le journal Le Point et disponible à ce lien.
[4] Une information datée du 3 juillet 2008 sur le site de l'hebdomadaire Le Point et consultable à ce lien.
[5] Information tirée du journal Le Monde, datée de janvier 2013 et consultable à ce lien.
[6] Information toujours en provenance du journal Le Monde, de juillet 2013 et consultable à ce lien.
[7] On se rappellera que l'Allemagne a abandonné le nucléaire après la catastrophe de Fukushima en mars 2011.
[8] En Allemagne, les prix ont doublé en 10 ans.
[9] Le développement de technologies telles que les réseaux de distribution intelligents ou smart grids en anglais.
[10] On notera au passage que le secteur du voltaïque est désormais aux mais des Américains et des Chinois et sont donc loin de créer de la richesse en Europe.

Néologismes : un savoir-faire de technocrates

Depuis quelques temps, le gouvernement et par extension la majorité du Parlement, semblent avoir recours à des expressions un peu bizarres [1], une sorte de réécriture d'un vocabulaire déjà existant, mais remis au goût du jour par la kyrielle de technocrates, estampillés du titre de "conseiller" ou de "chargé de mission", et qui après être sortis de l'ENA (ou d'un équivalent), trouvent refuge dans un quelconque ministère au service d'un ministre tout aussi éphémère que la rose du poème. La lecture de ces quelques saillies - on ne doit plus dire désormais "se lancer dans des projets" mais "construire des possibles" [2] - m'a rappelé l'un des réquisitoires de Pierre Desproges, dans le défunt - mais génial - Tribunal des Flagrants Délires, diffusé au début des années 80 sur France Inter. Je vous le livre tel quel [3] :
"De même qu'on dit aujourd'hui un "non-voyant" pour ne pas choquer la susceptibilité des aveugles, ou une "non-bandante" pour ne pas choquer la susceptibilité des boudins, on devrait créer un néologisme pour ne pas choquer la susceptibilité des Corses. On pourrait dire les "non-bossants" par exemple. C'est une simple question de délicatesse.
Ainsi, moi qui vous parle, j'ai un beau-frère nain, cul-de-jatte, manchot, sourd, muet, con et pacifiste. Pour égayer sa vie, il suffirait que nous l'appelions le non-grandissant, non-gambadant, non-embrassant, non-entendant, non-jactant et non-comprenant, et non-violent. Je dis "non-violent" parce que quand je lui balance mon poing dans la gueule, c'est rare qu'il me le rende.
Tout cela, répétons-le, est affaire de délicatesse. On ne dit plus un "infirme", on dit un "handicapé". On ne dit plus "un vieux", on dit "une personne du troisième âge".
Pourquoi alors continue-t-on à dire "un jeune", et non pas "une personne du premier âge" ? Est-ce que dans l'esprit des beaux messieurs bureaucratiques qui ont inventé ces merveilleux néologismes, la vieillesse serait une période de vie infamante au point qu'on ne peut plus l'appeler par son nom ? Est-ce que nous vivons au siècle de l'hypocrisie suprême ?
Y'a de plus en plus de vieux. Ils meurent de plus en plus seuls ; on les retrouve souvent recroquevillés dans leur mansarde, avec le crucifix sur le ventre et le squelette du chat à côté, morts depuis des semaines et des mois, si l'on en croît les gazettes. Ou alors, ils moisissent et s'éteignent dans des mouroirs provinciaux bien proprets, dans l'indifférence générale, car les jeunes ont le problème de la vignette moto - faut vraiment les comprendre.
Tout cela serait horrible, mais, mais on dit "personne du troisième âge" au lieu de dire "vieux", et le problème est résolu.
Y'a de moins en moins de "pauvres vieux", mais de plus en plus de "joyeux troisième-âgistes". 
Il n'y a plus de "pauvres affamés sous-développés", mais de "sémillants affamés en voie de développement".
Il n'y a plus "d'infirmes", mais de "pimpants handicapés".
Il n'y a plus de "mongoliens", mais de "brillants tri-chromosomiques".
Françaises, Français, réjouissons-nous, nous vivons dans un siècle qui a résolu tous les vrais problèmes humains, en appelant un chat, un chien."
En son temps, cet "empêcheur de tourner en rond" qu'était Desproges avait déjà remarqué cette capacité de nos élites à fabriquer des néologismes, tous aussi pompeux les uns que les autres, avec l'intention véritable de changer le monde avec. Trente ans après, rien n'a changé ou presque : les expressions changent mais les maux restent...

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[1] Quand j'étais au collège, j'ai entendu parler de "référentiel bondissant" pour désigner un ballon.
[2] Pour d'autres, je vous invite à vous rendre sur le site du journal Le Figaro à ce lien.
[3] Réquisitoire contre Renée Saint-Cyr (actrice et mère de Georges Lautner), diffusé le 6 avril 1981. Ce texte est bien évidemment humoristique.

Les Etats-Unis : toujours plus administrés

Au moment de l'entrée en application de leur Constitution, en 1789, le gouvernement des Etats-Unis créa quatre ministères : celui de la Guerre (Department of War devenu en 1947 Department of Defense après le regroupement des différentes branches de l'armée), celui du Trésor (Department of the Treasury), celui des Affaires Etrangères (Department of State [1]) et celui de laJustice avec la création du poste d'Attorney General (Procureur Général en anglais), le Department of Justice ne devenant un ministère à part entière qu'en 1870. A peu de choses près, ces quatre entités regroupent les pouvoirs régaliens dont doit disposer une nouvelle nation si elle souhaite s'organiser efficacement.

Depuis lors, il est particulièrement notable de remarquer que le nombre de départements n'a cessé d'augmenter, intervenant de plus en plus dans la vie des citoyens du pays. J'en récapitule ici les étapes :
- Département de l'Intérieur (Department of the Interior), créé en 1849. Il est chargé, notamment, de l'administration du territoire, de la gestion des ressources naturelles, du dialogue avec les populations natives.
- Département de l'Agriculture (Department of Agriculture), établi en 1862. Il a pour mission de gérer les programmes agricoles (élevage,...) ainsi que la politique de l'alimentation.
- Département du Commerce (Department of Commerce), créé en 1903. Il s'occupe principalement de la politique industrielle et des relations commerciales.
- Département du Travail (Department of Labor), institué en 1913. Il a en charge tout ce qui concerne le temps de travail, les salaires, les assurances chômage... A l'origine, il était associé au département du commerce avant de devenir indépendant.
- Département de la Santé et des Services Sociaux (Department of Health and Human Services), établi en 1953. Il a pour mission "d'améliorer la santé, la sécurité et le bien-être de l'Amérique". C'est aussi le premier budget du pays avec plus de 900 milliards de dollars de dépenses annuelles.
- Département du Logement et du Développement urbain (Department of Housing and Urban Development). Créé en 1965 dans le cadre de la "guerre contre la pauvreté" décrétée par le président Johnson, ce ministère gère la politique d'aménagement des villes. Il a aussi pour but de faciliter l'accès à la propriété en favorisant le recours à l'hypothèque.
- Département du Transport (Department of Transportation), établi en 1966. C'est à lui qu'incombe la gestion du transport à travers le pays, qu'il soit aérien, routier, ferroviaire ou encore maritime.
- Département de l’Énergie (Department of Energy), fondé en 1977. Il s'occupe de la politique énergétique du pays (soutien de la recherche notamment) et assure la mission de sûreté nucléaire. Il fut créé en réponse à la crise de l'énergie qu'a connu le pays au début des années 70.
- Département de l'Éducation (Department of Education). Depuis 1980, il est chargé de promouvoir la réussite éducative et de garantir une éducation de qualité à tous les élèves et étudiants du pays.
- Département des Anciens Combattants (Department of Veterans Affairs), créé en 1989. C'est ce département qui gère les pensions, les soins médicaux ainsi que la réinsertion des vétérans du pays.
- Département de la Sécurité Intérieure (Department of Homeland Security), établi en 2002. Le dernier né de la fratrie a été créé en réponse aux attentats du 11 septembre 2001. Il intervient pour mieux coordonner les efforts des différentes agences de renseignements notamment afin d'assurer au mieux la sécurité du pays [2].

Après cette énumération, qui paraît sans fin, il est assez clair que la pieuvre administrative américaine n'a cessé de croître - notamment depuis la deuxième moitié du XXème siècle - avec la création de pas moins de sept nouveaux ministères, chargés de gérer, à leur place et pour leur "bien-être", la vie des citoyens américains. D'ailleurs, force est de reconnaître, à la lumière du jour, que cette mission loin d'être une réussite tant les échecs sont patents. Une dernière chose aussi : cet interventionnisme de l'état fédéral, dans la vie des Américains, est en totale contradiction avec la vision des pères fondateurs du pays [3], qui, jadis, luttaient contre la main mise de la monarchie anglaise sur les colonies.

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[1] Il est à noter que les Etats-Unis ont développé des relations diplomatiques avec d'autres pays - et notamment la France - dès les débuts de la Guerre d'Indépendance.
[2] Parmi les innovations qui sont intervenus dans la foulée de la création de ce ministère, le renforcement des capacités d'écoute de la population américaine par la désormais célèbre NSA.
[3] Thomas Jefferson en tête. Il est à noter que la création du Département du Trésor l'opposa à Alexander Hamilton (premier secrétaire au Trésor), plus prompt à centraliser la gestion des finances du pays.

Daft Punk vs culture subventionnée

Hier, était un grand jour pour deux musiciens français, les Daft Punk. Nommés dans cinq catégories aux Grammy Awards, - l'équivalent des Oscars de la musique - pour leur dernier album Random Access Memories, ils on raflé tous les prix, couronnant ainsi une carrière lancée voici une vingtaine d'années. Ce matin, au réveil, un concert de louanges accueillait les deux membres du groupe, Guy-Manuel de Homem-Christo et Thomas Bangalter, tous deux membres actifs du mouvement de la French Touch, la branche française de la house music. Désormais mondialement connus, adulés par des fans toujours plus nombreux, séduits par leurs créativité musicale, les Daft Punk se sont aussi lancés dans la production et ont révélé voici quelques années Kavinsky dont dont la musique a été popularisée par le film de Nicolas Winding Refn, Drive en 2011 [1].

Dès lors, parmi les hommages rendus dans la foulée de ce triomphe aux Grammy Awards, on note celui de la ministre de la culture Aurélie Filippetti, qui vante le mérite des deux hommes. Après les félicitations d'usage, elle a ajouté le commentaire : "Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo sont les fers de lance de la French touch appréciée du monde entier. Daft Punk incarne l'essor de la musique électronique à la française" [2].

Oui mais voilà. Pour le public et les observateurs attentifs, Daft Punk constitue l'antithèse de la culture prônée par la gardienne de l'exception culturelle française. Je m'explique. Produits à leurs débuts par des petits labels, Daft Punk reste aussi un symbole de la musique indépendante, bien loin de la culture subventionné dont on cherche à nous abreuver en permanence. Le label et les producteurs qui lancé le groupe ont pris un risque qui aurait très bien pu s'avérer perdant. Au lieu de cela, le public, les critiques, qui ont jugé l'œuvre, ont décidé - sans pression aucune - que cette musique devait exister. On appelle cela la loi du marché, parfois cruelle.

Il est d'ailleurs étrange que Mme Filippetti se réjouisse de ce succès tant elle essaie de contrecarrer la propagation de nouvelles œuvres que ce soit en prolongeant l'existence de l'HADOPI [3], cette agence qui est supposée luter contre le piratage de contenus à caractère culturel, ou en restreignant l'offre proposée par le site de vente en ligne Amazon, accusé de faire de la concurrence déloyale aux libraires traditionnels [4]. Il serait utile de rappeler au ministère que les subventions au cinéma [5], à la presse [6] ou encore au spectacle vivant sont loin de favoriser l'émergence de talents nouveaux : au contraire, ils maintiennent sous perfusion des secteurs moribonds, les empêchant de produire une mutation nécessaire.

Au delà de l'aspect financier, nos ministres de la culture successifs devraient finir par comprendre, que par le passé, sans leur aide et leurs lois compliquées, la France a abritée - et continue à le faire d'ailleurs - une culture riche et diversifiée, reconnue partout dans le monde. Une preuve s'il en est besoin que la culture par l'état n'aura jamais l'éclat et la renommée de celle promue par des milliers d'individus libres.

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[1] Sorte de film noir inspiré d’œuvres de série-B. Il met en scène l'acteur canadien Ryan Gosling.
[2] La déclaration, relayée par le journal 20 Minutes, est à retrouver à ce lien.
[3] acronyme pour "Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet".
[4] J'en parlais en fin d'année dernière dans cet article.
[5] Se rappeler que récemment, une étude de BFMTV a révélé que 90% des films français n'étaient pas rentables.
[6] Subventions dont on voit l'efficacité puisque la vente des quotidiens ne cesse de chuter.
Deux nouvelles lois sont en préparation pour l'année qui vient.

Les diamants : généralités (1)

J'ai évoqué dans un précédent article, l'histoire du diamant bleu Hope, autrefois connu sous le nom Bleu de France, avant qu'il ne soit volé puis retaillé. Emporté par mon élan, je vais continuer à évoquer ces pierres précieuses, qui fascinent les hommes depuis des siècles du fait de ses propriétés. Le mot "diamant" tient son nom du latin "adamas, adamantis", qui signifie indomptable, pour rappeler à tous son caractère inaltérable et éternel. Mais commençons par le début : d'où viennent-ils ?

Formation


Comme chacun a pu s'en rendre compte, les diamants sont assez rares à la surface de la Terre, et même à une profondeur raisonnable. Composés d'atomes de carbone, les cristaux de diamant ne sont pas stables dans l'atmosphère ambiante [1]. En réalité, c'est le graphite, une autre variété de carbone qui est dominante, sur le plan thermodynamique, et qui constitue la majeure partie des réserves de cet élément sur la planète.

Pour que du diamant soit formé, il faut réunir des conditions particulières de pressions et de température qui - en dehors d'un laboratoire - ne peuvent pas être atteintes à moins de se rendre à des profondeurs comprises entre 150 et 200 km [2] - dans des roches de type péridotites ou éclogites -, où règnent des pressions de l'ordre de 45 à 60 kbar [3] et où la température atteint entre 900 et 1300 °C environ. Une fois la cristallisation achevée, les diamants entament leur long et lent voyage avant de nous parvenir, ce qui explique d'ailleurs pourquoi ces pierres sont très âgées - entre 1 et 3 milliards d'années. Cette remontée n'est pas sans danger puisqu'ils sont exposés à des conditions extrêmes. Une fois en surface, les diamants restent prisonniers d'une gangue de kimberlite [4] ou de lamproite, des roches d'origine magmatique, en provenance de grandes profondeurs. Appelées minéraux indicateurs, elles sont la preuve d'un sol généralement assez ancien et riche en diamants.

Les diamants sont connus depuis des millénaires et leur exploitation a commencé très tôt dans l'histoire. A partir de la deuxième moitié du XXème siècle, plusieurs études géologiques ont été menées sur la planète pour diversifier les sources d'approvisionnement. L'aboutissement de ces travaux a permis de découvrir de nouvelles régions diamantifères. Aujourd'hui, l'Australie, l'Afrique du Sud, le Canada, la Russie, l'Inde l'Angola, la Centrafrique ou encore le golfe de Guinée - Liberia, Sierra Leone notamment [5] - abritent les principales réserves de la planète [6]. La plus importante des exploitations minières se trouve à Argyle en Australie. Ouverte en 1985, elle devenait, moins de dix ans plus tard, la première du monde, produisant plus de 30 millions de carats, dont moins de 5% était de qualité gemme, c'est-à-dire utilisable en joaillerie.

Classification générale


Une fois extraits du sol, les diamants passent entre les mains de spécialistes, qui en estiment la valeur marchande. Au fil du temps, des critères stricts ont été établis et sont aujourd'hui reconnus internationalement, même si des différences existent encore. On peut, néanmoins, affirmer ces quelques variations sont mineures et que ces règles sont assez homogènes à travers le monde.

Utilisé par tous, la règle des "4C" a été introduite dans les années 50 par le Gemological Institute of America ou GIA. Elle distingue toute pierre précieuse ou fine selon quatre attributs résumés par l'utilisation de la lettre "C". Je vais les décrire ici.
- Le poids (Carat) : le poids d'un diamant est traditionnellement évalué en carats. Un carat équivaut à 0.2 g. Donc un diamant de 5 carats pèse 1 g. Chaque carat est lui-même divisé en 100 points [7]. 
- La couleur (Colour ou Color) : la couleur d'un diamant, quant à elle, constitue - paradoxalement - pour les diamants incolores, la recherche de l'absence de couleur [8]. On classe ces diamants par une lettre allant de D à Z, D représentant le diamant parfaitement incolore et Z, celui dont la teinte tire vers le jaune et a fortiori vers le brun.
Exemple de l'échelle GIA de couleur pour un diamant incolore.

- La pureté (Clarity) : la pureté demande une observation attentive des spécialistes. Elle consiste à rechercher les imperfections ou les inclusions à la surface ou l'intérieur de la pierre. On répertorie leur nombre, leur taille, leur forme, leur couleur, avant de leur donner un grade correspondant. Plusieurs échelles existent en plus de celle établie par le GIA, même si elles convergent toutes vers une classification similaire. Notablement, celles de la CIBJO (Confédération Internationale de la Bijouterie, Joaillerie, Orfèvrerie des Diamants, Perles et Pierres) et de l'AGS (American Gem Society) peuvent être rencontrées.
Échelles de notation de la pureté pour une pierre précieuse [9].

- La taille (Cut) : cette dernière caractéristique est obtenue après que le diamant soit passé entre les mains d'un tailleur spécialisé. Elle est responsable du brillant de la pierre par un jeu de réflexions de la lumière sur les faces du cristal. Les proportions et la géométrie entrent alors en ligne de compte. Autre point important, le diamant possède une dispersion important ce qui a pour conséquence de faire ressortir les couleurs composant la lumière blanche naturelle, comme le ferait un prisme.

Un cinquième critère intervient aussi : la fluorescence. Elle est obtenue quand on expose le diamant à une lumière de type ultraviolette. Le plus souvent, la pierre réémet une couleur bleue mais qui peut aussi être blanche voire verte ou jaune. On utilise des étalons afin de quantifier cette fluorescence. Elle comporte six niveaux allant de None à Very Strong.

Cas particulier des pierres de couleur


Hormis les diamants incolores que l'on trouve dans la majorité des mines de la planète, on extrait aussi une quantité non négligeable de diamants de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Par exemple, la mine d'Argyle, que j'ai évoquée précédemment, est une source de diamants bruns - dits champagne - roses et roses-pourprés. Ces derniers représentent d'ailleurs plus de 90% de l’approvisionnement mondial. Certaines régions sont, d'ailleurs, renommées pour disposer de couleurs particulières :
- Jaune (et nuances) : Bornéo, Angola, Canada,...
- Vert : Bornéo, Brésil, Centrafrique, Sierra Leone, Venezuela,...
- Bleu : Bornéo, Brésil, Guyana, Centrafrique, Afrique du Sud,...
- Rose (et nuances) : Australie, Centrafrique, Chine, Guinée, Russie, Tanzanie,...
- Brun : Angola, Australie, Brésil, Russie, Côte d'Ivoire,...
- Noir :  Centrafrique.
- Orange (et nuances) :  Centrafrique.

Comme les diamants incolores, les diamants de couleur utilisent la classification des "4C", à ceci près que la couleur n'est plus notée par les traditionnelles lettres, mais par des termes faisant référence au degré d'intensité de la couleur. Il y en a quatre : "Fancy Light", "Fancy, "Fancy Intense" et "Fancy Vivid" [10]. Le terme "fancy" vient de l'anglais et signifie "fantaisie". Le qualificatif associé à ce mot renforce l'intensité de la couleur de la pierre. Typiquement, ces appellations commencent après la lettre Z de la classification du GIA.

Mais d'où provient la couleur de ces diamants ? Pour répondre à cette question, il faut se rendre aux confins du microscopique. Les diamants, comme je l'ai déjà précisé, sont un amoncellement d'atomes de carbones agencés d'une manière précise. En cristallographie, on dirait qu'il forme un réseau "cubique faces centrées". En d'autres termes, un atome de carbone est présent à chaque sommet d'un cube théorique et un sur chaque face de ce cube. Si vous n'arrivez pas à matérialiser l'ensemble, ce n'est pas tellement important pour la suite. En fait, ce qu'il faut comprendre ici, c'est qu'entre les atomes de carbones, il y a des espaces, où peuvent se loger d'autres atomes, souvent plus petits. Si aucun atome autre que le carbone n'est présent, on a affaire à un diamant parfait dépourvu d'inclusions et incolore. En revanche, si des atomes se logent dans les fameux interstices, des colorations peuvent apparaître selon la concentration du perturbateur. Outre cela, des défauts - inclusions lors de la cristallisation, déformations plastiques ou encore défaut liés à l'hydrogène - peuvent aussi être à l'origine de coloration. J'en donne dans le tableau suivant quelques exemples.
Origine des couleurs dans des cristaux.

Ces diamants, plus rares - on estime qu'il existe un diamant de couleur pour 10 000 diamants incolores - que les pierres incolores, sont négociés à prix d'or sur des marchés spécialisés et leurs prix peuvent atteindre des sommes exorbitantes, lors de ventes aux enchères.

Authenticité


Après analyse, chaque diamant reçoit un certificat authenticité ou gemmologique sur lequel est inscrit toutes ses caractéristiques : forme, taille, poids, pureté, couleur, fluorescence, poli, dimensions et proportions de la figure géométrique, défauts notables, date d'émission... Tout cela fait que le certificat décerné est unique et constitue une sorte de carte d'identité permettant de retracer l'historique de la pierre, qui est ainsi authentifier avec certitude. Chaque organisme officiel - le GIA ou l'AGS par exemple -, appose des hologrammes et autres textures particulières afin d'éviter toute contrefaçon des précieux certificats. Il peut également arriver que les pierres soient scellés avant d'être vendues ou encore que l'on grave au laser un numéro permettant de l'identifier facilement. Ces certifications rendues quasi-obligatoires ont un coût non négligeable - qui peut aller de quelques dizaines à plusieurs milliers dépendamment de la pierre que l'on veut certifier - et immobilisent les pierres pendant parfois quelques semaines.

Toutes ces procédures ont été renforcées en 2003 lors de la signature du processus de Kimberley qui visait à contrôler plus strictement le commerce des diamants bruts du fait des conflits sanglants qui se sont déroulés en Afrique dans les années 90.

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[1] J'évoquais déjà cette particularité dans cet article.
[2] Même si le phénomène serait observable jusqu'à 400 km.
[3] Pour mémoire, la pression atmosphérique est de 1 bar.
[4] Directement dérivé de la ville de Kimberly, en Afrique du Sud, autour de laquelle de nombreuses mines ont vu le jour.
[5] Tristement célèbres pour avoir accueilli des conflits avec cette fortune comme étincelle. Les diamants extraits étaient baptisés diamants de sang, ou "blood diamonds" en anglais.
[6] Liste non exhaustive.
[7] 1 point = 1 centième de carat.
[8] L’utilisation du terme "blanc" est impropre puisqu'elle renvoie aux diamants spécifiquement blancs.
[9] A noter que la significations des acronymes est quelque peu différente selon l'échelle.
[10] On trouve aussi les mentions "Fancy Dark" et "Fancy Deep".

Gaspillage philharmonique

Annoncée en grande pompe en 2006 par le ministre de la culture de l'époque, Renaud Donnedieu de Vabres, en présence du maire de Paris Bertrand Delanoë, la Philharmonie de Paris est une salle de spectacle, pouvant accueillir quelques 2400 spectateurs. Une fois achevée, elle accueillera des récitals de musique de chambre ou de jazz, avec la volonté affichée, de restituer un son de haute qualité. Loi oblige, le bâtiment devra aussi être certifié "haute qualité environnementale" [1].

Rapidement, un appel d'offres est lancé et plusieurs cabinets d'architectes - qui savent flairer les bons coups - y répondent. Six sont retenus dans un premier temps, avant que le projet de Jean Nouvel, réputé mondialement, ne soit choisi finalement en avril 2007 [2]. Votée, la Philharmonie prévoit un financement à part égale entre le ministère de la culture et la Mairie de Paris, le conseil régional d'Île de France venant compléter le tout à hauteur de 10%. Au total, ce sont 204 millions d'euros qui devront être déboursés pour le bonheur auditif des Parisiens.

Sept années se sont écoulées depuis. Après un arrêt de près d'un an à cause un désaccord entre l'état et les collectivités territoriales sur le financement, la fin de construction de l'ouvrage est attendue pour cette année, l'inauguration devant intervenir en janvier 2015. Et le budget, me demanderez-vous, il a été respecté ? Pas vraiment. Officiellement, le coût a glissé copieusement pour atteindre la somme de 336 millions d'euros. D'après le directeur de la salle, Laurent Bayle on pourrait même avoir à payer une note de 381 millions d'euros [3]. Et quand on veut comprendre ce qui a provoqué une telle hausse, on évoque, tour à tout, de mauvaises estimations initiales ainsi que la "folie des grandeurs" du cabinet de Jean Nouvel qui a, par exemple, demandé 15 millions supplémentaires pour des façades VEC, autrement dit une grande baie vitrée ! Mais on peut aussi mettre en cause la sous-estimation qui entoure, très souvent - trop dirons certains - ce genre de projets, uniquement pour ne pas affoler le contribuable. De toute façon il sera bien obligé de payer quand il recevra la facture.

Outre, ces débordements de budget répétitifs, qui ont provoqué une hausse de plus de 50% depuis le projet initial et qui devrait encore augmenter de 50 millions, la mairie de Paris a usé d'un petit montage financier - tout à fait légal au demeurant - afin d'éviter d'alourdir sa propre comptabilité. Concrètement, c'est la Philharmonie qui s'endette elle-même et la mairie de Paris rembourse, indirectement, le prêt en versant une subvention à la direction de la salle de spectacle. Résultat, le taux d'emprunt passe de 4.2% - si il était souscrit par la mairie - à presque 5.2%, soit au total 75 millions d'euros d'intérêts pour un capital de 152 millions. Ainsi alourdie pour cacher aux Parisiens la vérité, il n'en demeure pas moins que ce sont eux qui devront payer l'addition au final.

Alertés par cela, l'actuelle ministre de la culture Aurélie Filippetti et le maire sortant de la ville de Paris ont adressé une lettre à Laurent Bayle [4], s'inquiétant de la tournure des événements ce qui pourrait pénaliser le mandat de la majorité et affecter la campagne d'Anne Hidalgo. D'autant que cette dernière compte poursuivre la gabegie entamée par Bertrand Delanoë en proposant l'aménagement de l'actuelle avenue Foch [5]. Encore des dépenses en perspective.

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[1] Ce "label" comprend des règles strictes concernant le chauffage, l'eau ou encore la sonorisation.
[2] Pour l'occasion, les Ateliers Jean Nouvel se sont associés avec des acousticiens réputés, afin de garantir un rendu optimum.
[3] D'après les chiffres du journal Le Point disponibles à ce lien.
[4] Egalement disponible sur le site du journal Le Point.
[5] De nombreux articles sur le sujet sont disponibles, par exemple à ce lien.