Liberté d'expression

Deux phrases de membres du gouvernement ont retenu mon attention, depuis quelques semaines, parmi le brouhaha médiatique, que nous avons traversé.

La première est l'oeuvre de Manuel Valls, et a été prononcée au début du mois de décembre alors que le ministre de l’intérieur annonçait vouloir lutter contre le recrutement par Internet de jeunes djihadistes à destination de la Syrie notamment. Il proclamait alors [1] : "Nous devons neutraliser le cyberespace et sur ce point, les Américains posent un problème à cause de leur premier amendement qui défend la liberté d'expression" [2]. Mais il semblerait que cette phrase ne soit pas la première du genre de M. Valls puisque voici environ un an, à propos de la teneur de certains messages publiés sur Twitter, le locataire de la place Beauvau avait déclaré regretter la "segmentation des régimes juridiques [qui] procure une certains impunité" de leurs auteurs. Avant d'ajouter : "L'Europe doit s’imposer et convaincre les Etats-Unis qu'il faut concilier liberté d'expression et sécurité" [3]. Non content de piétiner l'un des fondements de notre état de droits, notre zélé ministre semble aussi vouloir imposer son point de vue aux autres pays du monde, notamment aux Etats-Unis qui, il est vrai, ont sacralisé la liberté d'expression.

Quant à la deuxième sentence, elle est à mettre à l'actif de Najat Vallaud-Belkacem, collègue de Manuel Valls et porte-parole du gouvernement. Au cours d'une conférence de presse dans la journée de dimanche, on a pu l'entendre dire ceci : "C'est une bonne chose d'encadrer la liberté d'expression pour éviter qu'elle ne porte atteinte à autrui" [4]. Encore une fois, personne ne paraît choquer devant de telles déclarations, surtout quand elles viennent d'un ministre de la république. On ne sera donc pas étonner, par la suite, que certains pays se moquent de nos leçons de morale sur les droits de l'homme [5].

A la vue de ces déclarations et à la lumière des offensives répétées de l'exécutif contre la liberté d'expression [6], l'inquiétude semble s'installer tous les jours un peu plus dans les epsrits. Quelle sera donc la prochaine étape du gouvernement ? Jusqu'où cela peut-il aller ?

Alors que la France est pointée du doigt comme l'un des pays qui restreint le plus cette liberté fondamentale, nous rappellerons que voici presque trois ans, Reporters Sans Frontières, estimait que notre pays était classé au même rang que la Corée du Sud, la Libye ou encore la Russie dans le domaine. Sombre présage qui semble se confirmer de jour en jour.

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[1] Information relayée par le journal québécois La Presse et disponible à ce lien.
[2] Le premier amendement de la Constitution américaine (un des dix proclamés par la Bill of Rights) déclare la chose suivante : "Congress shall make no law respecting an establishment of religion, or prohibiting the free exercise thereof; or abridging the freedom of speech or of the press; or the right of the people peaceably to assemble, and to petition the Government for a redress of grievances". En français, on peut le traduire de la manière suivante : "Le Congrès ne fera aucune loi pour conférer un statut institutionnel à une religion, (aucune loi) qui interdise le libre exercice d'une religion, (aucune loi) qui restreigne la liberté d'expression, ni la liberté de la presse, ni le droit des citoyens de se réunir pacifiquement et d'adresser à l'État des pétitions pour obtenir réparation de torts subis (sans risque de punition ou de représailles)". Autrement dit, le Congrès (c'est-à-dire le Parlement américain), ne peut pas restreindre - entre autre - la liberté d'expression. L'article et sa traduction proviennent du site Wikipédia.
[3] Cette phrase a été relayée par le site en ligne Numerama dans un article disponible à ce lien.
[4] La déclaration de la ministre du droit des femmes est à retrouver sur le site du journal Le Figaro à ce lien.
[5] Chine et Russie en tête.
[6] Rappelons-nous à cette occasion du vote par le Parlement français de l'article 20 (anciennement 13) de la Loi de Programmation Militaire, votée en décembre.

Concurrence déloyale, suite

Les velléités de Canal+ à l'encontre de BeIN Sports pour la diffusion de certains sports a connu mercredi une nouvelle péripétie. Je ne l'évoquais pas dans mon précédent article, mais la Ligue Nationale de Rugby (LNR) a récemment lancé un appel d'offres pour la diffusion des matches du Top 14, le championnat qui regroupe les meilleurs clubs français.

Fin décembre, à la suite de cet appel, Canal+ avait décidé d'attaquer en justice la LNR arguant que cette dernière ne jouait pas franc jeu lors des négociations [1]. Alors que l'attribution des droits de diffusion du championnat pour la période 2014-2018 devait être connu le 13 janvier 2014, la LNR a décidé, en réponse à l'assignation de Canal+, de suspendre mercredi dernier l'appel d'offres [2]. Pour le comité directeur de la Ligue Nationale, cette action en justice est son fondement. Les modalités d'un nouvel appel d'offres devrait être publiées prochainement par la LNR.

Prenant connaissance de cette affaire, le directeur général de la chaîne qatarie - qui cherche à récupérer les droits de diffusion de la Ligue 1 de football - a réagi sévèrement hier, mettant directement en cause Canal+, qui, selon lui, ne veut que protéger "sa position monopolistique", faisant ainsi écho aux propos de Frédéric Thiriez, le président de la LFP. Compte tenu des méthodes employées par la chaîne française, BeIN Sports n'hésitera pas à aller devant "les autorités françaises de la concurrence pour demander que les conditions d'une juste compétition soient respectées" [3]. 

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[1] L'article, publié dans le journal L'Equipe le 20 décembre 2013, est à consulter ici.
[2] L'article, publié dans le journal L'Equipe le 10 et 11 janvier 2014, est à consulter ici.
[3] Propos publiés initialement par le journal Le Figaro et rapportés par le quotidien L'Equipe. Ils sont disponibles à ce lien.

S'il te plait, dessine-moi un dragon

Sophie est une petite fille habitant Brisbane en Australie. Encore dans le monde imaginaire et innocent propre aux enfants de son âge, Sophie voulait un dragon. Tenace et conseillée par son père, elle a écrit une lettre au CSIRO (Commonwealth Scientific and Industrial Research Organization), une centre de recherche australien basé à Melbourne. S'adressant à la communauté scientifique du laboratoire, elle leur demandait de lui envoyer un dragon, promettant de s'en occuper après l'école.

Ému par le lettre de la fillette, les scientifiques se sont excusés de ne pouvoir accéder à sa demande avant de décider de faire un geste envers elle en lui fabriquant un dragon miniature en titane à partir d'une image de "Toothless", l'un des personnages du film de Dreamworks "How to train your dragon" sorti en 2010 [1]. Pour arriver au résultat, le laboratoire a utilise le procédé de l'impression 3D [2].

Nul doute que la jeune Sophie gardera cet objet précieusement en se souvenant avec émotion de cet épisode de sa vie.

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[1] En France, le film est connu sous le simple nom de "Dragons" et le personnage de "Toothless", littéralement "Sans Dent" est appelé "Krokmou".
[2] La lettre de Sophie ainsi que des photos du dragon sont disponibles à ce lien.

Concurrence déloyale

Canal+ et le football, c'est une histoire ancienne. La chaîne cryptée, possède en effet les droits de diffusion pour la diffusion des matches de Ligue 1 du championnat de France de football depuis pas mal d'années. Elle fut aussi propriétaire du club du Paris Saint-Germain entre 1991 et 2006, connaissant tantôt la gloire, tantôt la désillusion, sans pour autant en faire un club de football capable de rivaliser avec les meilleures structures européennes [1].

On se rappelle qu'il y a une dizaine d'années, Canal+ était opposée au groupe TPS - Télévision par Satellite - pour l'obtention de ces droits. Cette société, fondée par une association entre M6, TF1 ou encore France Télévisions essaya par tous les moyens de mettre fin à l'hégémonie de Canal+ pour la diffusion des matches de Ligue 1. En décembre 2004, au moment d'un nouvel appel d'offre, TPS proposa presque 400 millions d'euros par an pour avoir l'exclusivité [2]. Défié, le groupe Canal mettra 600 millions d'euros sur la table pour contrer cette offre et conserver la diffusion de l'élite du football français. A cette époque, les analystes pensaient que cette opération pourrait affaiblir le groupe. En effet, Canal avait littéralement cassé sa tirelire puisque cette somme représentait près de 50% de son chiffre d'affaire [3]. Une véritable fortune.

Quelques mois plus tard, la hache de guerre fut définitivement enterrée entre les deux groupes de télévision : TPS par Canal+. Dès lors, le groupe ne fut plus vraiment inquiété en l'absence totale de concurrence de taille. Enfin jusqu'à la récente offensive de BeIN Sports sur le secteur : ce bouquet de chaînes offre une diffusion de sports plus complète que Canal+ notamment en ce qui concerne les championnats étrangers.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas cette chaîne, BeIN Sports est une filiale du groupe qatari Al Jazeera. Oui ce même Qatar qui a racheté en 2011 le club de football du Paris Saint-Germain. Et c'est ce point qui contrarie le groupe français : selon Canal+, si d'aventures, BeIN Sports essayait de décrocher les droits de diffusion de la Ligue 1, il y aurait conflit d'intérêts, sous entendant ainsi que les deux entités - Al Jazeera et Qatar Investment Authority - seraient intimement liées l'une à l'autre. Un lien que nie bien évidemment les Qataris. La seule solution, selon Canal+, serait que les Qataris revendent le club parisien pour pouvoir prétendre à l'achat des droits télévisuels.

Et là débute la mauvaise foi de la chaîne privée française. En effet, du temps où elle était propriétaire du PSG, Canal+ pouvait déjà prétendre à l'acquisition des droits de diffusion des matches du championnat de France de football. Dans ce cas - et si jamais un lien est découvert entre les deux structures qataries - pourquoi BeIN Sports ne pourrait pas faire la même chose ? Y aurait-il "deux poids, deux mesures" ?

L'attaque du groupe Canal ne s'arrête pas là puisque le groupe a envoyé une note écrite au gouvernement pour réclamer un décret interdisant à tout propriétaire de club de prétendre à l'achat des droits de diffusion des matches [4]. Encore une preuve, s'il en est besoin, qu'une position monopolistique, quand elle est attaquée, cherche le renfort des autorités et de la loi afin de protéger sa position. Cette manœuvre a d'ailleurs été dénoncée par le président de la Ligue de Football Professionnel, Frédéric Thiriez : "il s'agit évidemment d'une nouvelle tentative de Canal+ destinée à étouffer la concurrence et faire ainsi baisser le montant des droits" [5]. En effet, en tant que seul diffuseur, Canal+ n'a plus à réitérer de surenchère comme à l'époque de son bras de fer avec TPS : la chaîne peut donc pratiquer le prix qu'elle veut, ce qui ne jouerait pas en la faveur des clubs pour qui les droits de diffusion sont une importante source de revenus. Dans une telle situation, les clubs ne pourraient plus prétendre attirer de grandes stars du ballon rond, ce qu'ils ont déjà des difficultés à faire [6]. L'intérêt qui pousse aujourd'hui les gens à s'abonner disparaîtrait alors. Et cela Canal+ l'a bien compris.

En attendant que le prochain appel d'offre pour la période 2016-2020 qui doit avoir lieu l'année prochaine, nul doute que Canal+ utilisera tous les moyens à sa disposition pour conserver ses abonnés. Réponse en 2015.

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[1] Que les fans du club me pardonnent.
[2] La Ligue de Football Professionnel (LFP), dirigée par Frédéric Thiriez, exigeait un ticket d'entrée de 435 millions d'euros. TPS ne put proposer à l'époque que 385 millions.
[3] Le chiffre d'affaires était à l'époque de 1.5 milliards d'euros.
[4] La note a été rendue publique par le journal Les Echos et est disponible à ce lien.
[5] Les propos de M. Thiriez ont été rapportés par BFMTV à ce lien.
[6] Et encore la France est bien loin de certains clubs européens.

La prévoyance norvégienne

On érige très souvent en modèle les pays scandinaves qui ont réussi à s'extraire d'une situation économique difficile dans les années 90 - Suède et Finlande notamment. Prenant conscience de la non-viabilité de leur modèle, ces pays ont entrepris un assainissement de leurs finances de manière à s'adapter aux nouveaux enjeux mondiaux.

Le troisième pays de la région, la Norvège, prouve encore à l'orée du chiffre publié ce matin que la politique du pays n'est pas fondé uniquement sur le présent. Au contraire du Venezuela qui depuis une quinzaine d'années a décidé de réinvestir tous les revenus pétroliers du pays dans la lutte contre la pauvreté [1], la Norvège a entrepris de faire fructifier ces mêmes revenus afin d'assurer la pérennité à long terme de son mode de vie.

Depuis les premiers forages pétroliers off-shore dans les années 60, le pétrole a assuré au pays un certain dynamisme économique. Prenant conscience que l'exploitation de ces ressources étaient limitées dans le temps, le pays décide de créer en 1990 un fonds spécial destiné à récupérer l'argent venant de l'exploitation du précieux or noir [2]. Résultat, près de vingt-cinq années plus tard, cette "caisse" nationale, gérée par la banque de Norvège, a atteint un encours de 5110 milliards de couronnes [3] soit 607 milliards d'euros [4]. Concrètement, cela fait de chaque Norvégien un millionnaire en couronnes. Et à en croire les experts, ce chiffre pourrait bien encore augmenter.

Mais à quoi sert cet argent ? On pourrait croire que ce fonds, rebaptisé en 2006 "Fonds de pension gouvernemental" sert à financer quelques dépenses sociales de type retraite. En réalité, il n'en est rien. Ici pas de dépenses somptueuses ni d'immeubles pharaoniques comme dans les pays du Golfe persique. Le fonds se contente d'investir l'argent dans diverses sociétés, en jouant la prudence [6].

Et le fonds de la France me demanderez-vous ? Il contient à l'heure actuelle 18.7 milliards d'euros. Bien loin de son homologue donc. Pourtant on se dit que la France, qui est assise sur les plus importantes réserves de gaz de schiste d'Europe, pourrait, elle aussi, s'inspirer de ce modèle norvégien et assurer le futur du pays tout en créant des emplois et donc des revenus supplémentaires. Malheureusement, la chape de plomb dogmatique, qui recouvre aujourd'hui le débat sur l'exploitation de cette ressource naturelle, nous empêche de rêver à un meilleur avenir économique. Comme le fait la Norvège.

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[1] Avec des résultats plus que contestables étant donné que le pays est aujourd'hui importateur de cette ressource fossile. Un comble.
[2] Tous les revenus issus de cette filière économique (impôts, permis d'exploitation,...) va directement dans ce fonds.
[3] La couronne norvégienne vaut aux alentours de 0.12 euros.
[4] Les chiffres proviennent du journal Le Figaro et sont disponibles à ce lien.
[5] Toujours selon Le Figaro, aucune participation supérieur à 5% n'est prise. De même, le fonds refuse d'investir dans l'industrie de l'armement ou du tabac.

Pierre le Grand

Pierre le Grand, pour ceux qui ne le connaîtraient pas, est l'une des grands figures de l'histoire russe. Premier empereur de cet immense pays - et ce pendant plus de 40 ans - il est aussi le fondateur de l'ancienne capitale impériale, Saint-Pétersbourg, renommée Leningrad pendant la période soviétique.

Cet homme - à raison ou à tort - aurait aussi été à l'origine d'un immense bouleversement économique du pays, nommé "perelom".

Bien des siècles après lui, un autre Pierre a senti lui aussi qu'un renouveau économique pouvait être de son fait. Il s'agit de notre bien-aimé ministre de l'économie et des finances, M. Pierre Moscovici. Interviewé le 7 janvier sur la radio RTL, il a déclaré ceci [1] :
"La croissance mondiale est en train de repartir, la croissance européenne repart, notamment grâce  nous, grâce aux efforts que nous avons fait pour réorienter la construction européenne, l'économie européenne est sortie de la récession."
Cette affirmation, d'une modestie frappante pour l'auditeur à peine réveillé, est la preuve indiscutable que nous avons trouvé notre héros, notre sauveur, notre Pierre le Grand à nous. Et nul doute que nos descendants conteront, aux générations futures, l'extraordinaire odyssée de cet homme qui, contre tous, a réussi à redresser - avec ses petits bras musclés - l'économie du pays, de l'Europe et même du monde entier [2]. Si, si [3]...

D'ailleurs, à en croire les statistiques économiques, il est vrai que l'économie de plusieurs pays - Etats-Unis, Royaume-Uni, Suisse,... - s'est améliorée et que leur croissance, pour cette nouvelle année, devrait dépasser toutes les prévisions les plus optimistes. Malgré tout, il n'aura pas échappé au lecteur que la France semble échapper à cette embellie de l'économie : au regard du chiffre de la croissance au troisième trimestre de l'année 2013 (-0.1%), le pays paraît ne pas être sensible au redressement économique mondial. Pourtant, on ne peut décemment pas croire que cet échec soit la responsabilité du ministre et plus généralement du gouvernement. Mais il est vrai que toute cette troupe était occupée à sauver le monde...

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[1] Vous pouvez écouter l'interview de Pierre Moscovici à ce lien.
[2] Pour la galaxie, on attend encore les chiffres.
[3] Cher internaute, je te vois rire derrière ton écran.

Le Loup dans la bergerie

Pendant le temps des fêtes, je suis allé voir le dernier film de Martin Scorsese, Le Loup de Wall Street, adaptation à l'écran de la vie de Jordan Belfort [1], un trader rattrapé pour plusieurs fraudes dans les années 90. Malgré la performance de Leonardo Di Caprio, le film a particulièrement été égratigné par la critique notamment pour les excès qui y sont présentés : drogue, sexe, argent facile,...

La fille d'un des anciens acolytes de notre Loup, Christina McDowell [2] a vertement accusé le réalisateur et l'acteur principal de film de faire l'éloge d'un mode de vie qui a détruit la vie de milliers de personnes par la spoliation de biens. Outre cela, selon elle, le film montre une image proprement misogyne de la femme, considéré comme un amusement au même titre que la drogue ou les voitures de luxe [3].

Pourtant à bien regarder le film, il s'agit bel et bien de la dénonciation des excès d'une bande de gens à qui tout échappe. Décemment, on ne peut pas croire un seul instant que l'un ou l'autre des deux hommes ne glorifie ce type de comportement. En réalité, le film comme Taxi Driver en son temps ou bien Les Affranchis [4], fait appel à la catharsis, c'est à dire à une représentation dramatique, exagérée jusqu'à l'extrême, d'une situation pour en dégoûter le spectateur. Et force est de constater que cela fonctionne à merveille, tant la déchéance de notre trader fou n'incite pas à suivre sa trajectoire professionnelle et personnelle [5].

Alors un conseil, courrez-y ne serait-ce que pour le jeu des acteurs, les dialogues, certaines situations drôles mais aussi pour apprécier la chute sans fin et tragique de cet homme aujourd'hui reconverti en conférencier, une vie plus calme et respectable de ce qu'il était jadis. Preuve que la thérapie a marche sur lui aussi.

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[1] Et de son livre (The Wolf of Wall Street). Une suite intitulée Catching the Wolf of Wall Street est également sortie. Les deux sont devenus des best-sellers.
[2] Une transcription de cette lettre est disponible à ce lien.
[3] Certains personnages féminins ont pourtant une certaine grandeur comme la première femme de Belfort.
[4] Deux autres monuments de Scorsese avec Robert de Niro notamment.
[5] On rappellera au passage que l'homme a fait de la prison.

Janvier 2017 : et si...

En ce début d'année 2014, je vous propose un exercice de style. Imaginons-nous dans trois ans à la même époque. Nous serons alors à quelques semaines, seulement, des élections présidentielles.

Le soir du 31 décembre 2016, François Hollande vient de prononcer ses vœux à tous les Français. Relativement décontracté, le Président de la République sortant s'est également montré résolument offensif, défendant son bilan depuis son élection à la tête du pays. Voici une retranscription de quelques passages de son allocution télévisée [1], regardée par 15 millions de Français.

"Mes chers compatriotes,
Alors que 2016 s'achève, je m'adresse à vous sereinement en ce 31 décembre et vous souhaite mes meilleurs vœux pour l'année qui s'annonce. J'espère qu'elle sera pour vous bonne et heureuse. Quant à moi, je me présente devant vous, ce soir, avec tous les espoirs que laissent apparaître les dernières nouvelles de l'économie de notre nation. Et je vais commencer par ce qui m'a tenu le plus à cœur pendant mon mandat, c'est-à-dire le chômage.
Tout comme moi, vous avez pris connaissance des derniers chiffres de l'emploi. Après les quatre années et demi d'efforts et de sacrifices que j'ai demandés à la population, les objectifs que nous avions fixés avec le gouvernement sont en passe d'être atteints. Je salue au passage le travail du Premier ministre Manuel Valls qui a mis en oeuvre des réformes audacieuses - je pense, surtout, à celle qui concerne la durée de travail hebdomadaire désormais fixée à 32 heures. Grâce à la ténacité dont nous avons fait preuve et au soutien de la population, le chômage régresse, maintenant, régulièrement depuis plus d'une année. D'ailleurs, je me rappelle que lors de mes précédents vœux je vous avais dit que l'année 2016 serait cruciale sur cette problématique. Ce soir, je peux vous dire que nous sommes en train de gagner la bataille contre le chômage, ce fléau qui mine notre pays depuis trop longtemps. Et même si le taux est encore très élevé - plus de 11% -, nous avons bon espoir, le gouvernement et moi, que cette baisse sera durable (...).
D'autres chiffres viennent également relever le moral en ce réveillon, je veux bien sûr parler de ceux de la croissance. Ce soir, je peux vous l'annoncer : elle sera supérieure à 1.7% cette année soit 0.2 point de mieux que ce que la prévision du gouvernement avait anticipé. Voilà encore une preuve que la reprise économique de notre pays est bien réelle et tangible, et qu'une nouvelle fois, les décisions que nous avons prises - contre l'avis de tous - étaient les bonnes (...).
Enfin, je tiens à vous faire part d'une dernière bonne nouvelle à savoir que les comptes publics du pays sont désormais redressés, conformément à ce que j'avais annoncé pendant ma campagne électorale. Cette année, le déficit public s'établit  - en première approximation - à 1.2% du PIB et la dette a été réduite à 92% du PIB. Et ce n'est qu'un début : l'effort concernant les finances du pays se poursuivront encore cette année (...).
L'emploi revenu, les finances de l'état stabilisées et la croissance retrouvée, voici les trois piliers solides sur lesquels le gouvernement s'appuiera pour continuer à réformer jusqu'aux ultimes moments du temps parlementaire, avant que le temps électoral lui laisse la place pour les deux échéances que vous connaissez et au cours desquelles vous aurez à vous exprimer. A cette occasion et en accord avec la majorité, je solliciterai de votre part un nouveau mandat afin de poursuivre mon travail à la tête du pays, qui, comme je viens de vous l'annoncer, commence à porter ces fruits. Il n'est pas question pour moi de renoncer alors qu'il reste tant à faire !
Dans les semaines à venir, je vous annoncerai les réformes que je souhaite porter si toutefois vous continuez à m'accorder votre confiance.
Quoi qu'il en soit, je vous renouvelle mes meilleurs vœux pour l'année qui vient.
Vive la République et Vive la France !"

A peine diffusée, cette allocution a été vivement commenté à la fois par la majorité socialiste sortante et l'opposition, toutes deux sur le pied de guerre à quelques encablures de la présidentielle et des législatives. A gauche, certains y voient "la victoire des idées de François Hollande et de sa ténacité à ne pas vouloir changer de cap au cours de sa mandature". Le Premier Ministre, invité du journal de 20h le lendemain, a déclaré que "la volonté du gouvernement était inébranlable" et que "c'était là, la source de l'amélioration économique que nous connaissons". Même si certaines idées phares du début ont été abandonné en cours de mandature - on pense notamment à la taxe à 75% qui n'a pas rapporté les recettes fiscales escomptées - le gouvernement "est convaincu d'avoir rendu la France plus forte à travers cette crise", qui se trouve "maintenant dernière nous". Concernant l'annonce de la candidature de François Hollande, Manuel Valls a avoué être au courant depuis "quelques semaines" de la décision du président et est prêt à "le soutenir à 100%".

L'opposition, de son côté, voit dans le redressement du pays "le simple effet de la conjecture européenne" dont l'économie est tirée par le couple germa-britannique [2] : les deux premières puissances affichent, en effet, une croissance de presque 4% et un chômage à moins de 6%. Bruno Le Maire, le candidat désigné par l'UMP et le centre en novembre dernier, lors du congrès réunissant les principales formations de l'opposition, a d'ailleurs critiqué ces chiffres considérant, je cite, "que le wagon France reste à la traîne du train Europe et de la locomotive germano-britannique". Poursuivant sur sa lancée, celui qui pourrait devenir le plus jeune Président de la République [3], a également dénoncé l'attitude du président sortant qui a utilisé "comme tribune politique un moment solennel alors qu'il aurait dû, au contraire, apaiser et rassembler la population". Interrogé sur Twitter par un internaute, Bruno Le Maire a annoncé qu'il présenterait son programme de campagne "à la fin du mois de janvier" et que celui-ci serait "en rupture totale avec ce qui a été vu ces dernières décennies". 

L'autre grande figure de l'opposition à François Hollande, à savoir Marine Le Pen a pointé les effets pervers de la politique de François Hollande qui, selon elle, "affame les plus précaires et les travailleurs du pays, les mêmes qu'il y a cinq ans, sauf qu'ils sont plus nombreux désormais". Selon elle, "aucun problème n'est résolu" puisque "l'Euro continue d'affaiblir le pays". Celle qui sera candidate pour la deuxième fois a également déclaré "comprendre l'attitude de l'Allemagne qui cherche à créer avec le Royaume-Uni un nouvel espace d'entente économique", révélant au grand jour "la défaite de la monnaie unique, un boulet que l'on traîne au pied depuis près de 20 années maintenant". A la tête d'un grand rassemblement dans lequel on trouve quelques dissidents de l'UMP, la maire adjointe de la commune d'Hénin-Beaumont semble aussi surfer sur la vague de cette reprise économique puisque la candidate naturelle de la droite populaire [4] est crédité de plus de 24% des intentions de sondage au premier tour, en constante augmentation depuis septembre. Ces résultats la confortent dans son espoir d'être "au deuxième tour".

Alors que les sondages semblent encore favorables au président sortant - même s'ils sont en baisse depuis l'entrée en lisse des divers candidats -, la gauche, toujours habitée par le souvenir du 21 avril 2002, prend la menace Marine Le Pen très au sérieux. Aussi, le PS et EELV semblent vouloir une union dès le premier tour comme vient de le faire la droite. En tenant compte de l'actuel rapport de forces politiques, les candidats dissidents - parmi lesquels on retrouve l'ancien socialiste Gérard Filoche qui "ne se reconnait plus dans cette gauche" - ne devraient se partager que les miettes au prochain scrutin électoral puisque son parti, La Vraie Gauche, une émanation du défunt Front de Gauche, ne rassemble pour l'instant que moins de 5% des intentions de vote.

En attendant, il semblerait que François Hollande tienne la corde au premier tour, avec 27% des votes tout juste devant Bruno Le Maire crédité lui de 26% mais qui a du mal à rassembler derrière lui l'opposition, malgré le récent ralliement de l'ancienne candidate à la mairie de Paris, Nathalie Kosciusko-Morizet, après sa défaite à la primaire de droite face à lui. Pour beaucoup d'observateurs, l'échec du retour de Nicolas Sarkozy [5] constitue un obstacle que l'ancien ministre de l'agriculture aura des difficultés à surmonter, les électeurs de droite le trouvant trop consensuel - notamment sur les questions européennes - et pas assez sûr de lui.

Mais pour connaître le vainqueur de cette course folle, il faudra attendre mai 2017.

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[1] Allocution purement fictive. Quoique...
[2] Que certains journalistes n'hésitent pas à qualifier de "Big Bertha". La complicité affichée entre David Cameron et Angela Merkel, semble avoir relégué la France au second rang des nations européennes.
[3] A quelques mois près, il devancerait Valéry Giscard d'Estaing.
[4] Marine Le Pen refuse l'étiquette "extrême-droite" et l'a fait savoir à de nombreuses reprises par voie de presse.
[5] M. Sarkozy avait préféré se retirer de la course à l'investiture de l'UMP sous la pression de certains ténors du parti. Et sa tentative de présenter une candidature dissidente, a été étouffée dans l’œuf par un manque de soutiens politiques.