Vous avez deux vaches...

Vous avez peut-être déjà entendu ces petites définitions des différentes systèmes politiques ayant œuvré ou œuvrant encore sur notre planète [1]. Un petit florilège...

Anarchie : Vous avez deux vaches. Vous les laissez se traire en autogestion, elles scissionnent.
Anarcho-capitalismeVous avez deux vaches. Un fonctionnaire des trésors publique vient vous taxer votre lait. Vous le traînez dans le fumier et le foutez dehors à coup de pompes.
AutonomismeVous avez deux vaches. Vous les laissez faire ce qu'elles veulent.
Bureaucratie : Vous avez deux vaches. Le gouvernement publie des règles d'hygiène qui vous invitent à en abattre une. Après quoi il vous fait déclarer la quantité de lait que vous avez pu traire de l'autre, il vous achète le lait et il le jette. Enfin il vous fait remplir des formulaires pour déclarer la vache manquante.
Capitalisme : Vous avez deux vaches. Vous en vendez une, et vous achetez un taureau pour faire des petits [2].
Capitalisme sauvage : Vous avez deux vaches. Vous équarrissez l'une, vous forcez l'autre à produire autant que quatre, et vous licenciez finalement l'ouvrier qui s'en occupait en l'accusant d'avoir laissé la vache mourir d'épuisement.
Communisme : Vous avez deux vaches. Le gouvernement vous prend les deux et vous fournit en lait [3].
Conspirationnisme : Vous n'avez pas de vaches. Il n'y a jamais eu de vaches ici. Il n'y a rien à voir.
Constructivisme : Vous avez deux vaches. Ou bien sont-ce ces vaches qui vous ont.
Dictature : Vous avez deux vaches. Les miliciens les confisquent et vous fusillent.
Dictature militaireVous avez deux vaches. Le gouvernement les prend toutes les deux et vous enrôle dans l'armée.
Démocratie : Vous avez deux vaches. Un vote décide à qui appartient le lait.
Démocratie directeVous avez deux vaches. Un comité organise un référendum pour vous obliger à en revendre une. Deux ans plus tard, le vote vous autorise à les garder mais quand vous voulez les traire, une association émet une réserve de droit. Quand vous pouvez enfin traire légalement vos vaches, elles sont mortes.
Démocratie médiatique : Vous avez deux rhinocéros. Mais grâce à un montage savamment articulé, tout le monde les croit vaches.
Démocratie participative : Vous avez deux vachitudes. Ségolène Royal vient leur demander leur avis pour savoir comment gérer le lait si un jour elle est présidente.
Démocratie représentative : Vous avez deux vaches. Une élection désigne celui qui décidera à qui appartient le lait.
Ecologie : Vous avez deux vaches. Vous gardez le lait et le gouvernement vous achète la bouse.
Economie dirigéeVous avez deux vaches. Le ministre vous les prend, en abat une, embauche deux fonctionnaires pour traire la seconde, puis jette le lait. 
Fascisme : Vous avez deux vaches. Le gouvernement vous prend les deux et vous vend le lait.
Féminisme : Vous avez deux vaches. Le gouvernement vous inflige une amende pour discrimination. Vous changez une de vos vaches pour un taureau que vous trayez aussi.
Féodalisme : Vous avez deux vaches. Le seigneur s'arroge la moitié du lait.
FondamentalismeVous avez deux vaches. Malheureusement, la Bible ne mentionne pas les vaches donc le gouvernement les confisque car elles n'existent pas.
Futur technologiqueVous avez deux vaches. Vous les clonez. Le consortium fasciste mondial et technologique vous oblige de les munir de badges équipés de puces RFID, ce qui vous permettra de suivre le déplacement de votre cheptel sur internet, grâce au coûteux réseau maillé de capteurs qu'on vous a fait placer sur l'ensemble de vos pâturages. Vous devez les nourrir à l'aide d'herbe transgénique fournie par la filiale Monsanto du consortium et doper leur rendement lactique à l'aide d'injections diverses fournies au prix fort par la branche pharmaceutique du consortium. Vous devez les équiper de pots catalytiques afin de réduire l'émission de CO2, cause supposée de l'effet de serre. Vous avez bien du mal à rembourser vos traites depuis la réduction des dividendes de votre fond de pension. Les vaches des pays émergents sont plus productives que les vôtres, à la demande du conseil d'administration, vous devez licencier la moitié de vos employés pour faire grimper vos actions en bourse (cela fait déjà longtemps que vous n'êtes plus actionnaire majoritaire de vos vaches, mais on vous a jusqu'à présent laissé un droit de regard dans la gestion du cheptel).
Indépendantisme : Vous avez deux vaches. Les vaches décident que vous n'avez aucun droit sur leur lait et vous quittent pour former leur propre société.
Individualisme : Vous avez deux vaches. Qu'elles se débrouillent sans vous!
IndustrialismeVous avez deux vaches. Vous les disséquez et réfléchissez à la manière de les remplacer par une usine de production de lait de synthèse.
LibertarianismeDehors ! Ce que je fais de mes vaches n'est pas vos oignons.
Mafia : Vous avez deux vaches. Des tueurs à gages en tuent une et déposent sa tête dans votre lit. On vous offre une protection pour l'autre en échange de lait [5].
Matrice : Tu ne peux pas traire les vaches. C'est impossible. Rappelle-toi plutôt de ça… Il n'y a pas de vaches. Tu verras, ce ne sont pas les vaches qui se font traire, mais toi [6].
Nazisme : Vous avez deux vaches. Le gouvernement vous prend la vache blonde et abat la brune.
Obscurantisme : C'est quoi deux vaches ?
Phallocratie : Vous avez deux vaches. Un taureaux prend le pouvoir.
Protectionnisme : Vous avez deux vaches. Vous ne pouvez acheter un taureau d'un autre pays.
Socialisme : Vous avez deux vaches. Vos voisins vous aident à vous en occuper et vous vous partagez le lait.
Socialisme bureaucratique : Vous avez deux vaches. Le gouvernement vous les prend et les met dans une étable avec les vaches d'autres éleveurs. Les vaches sont entretenues par des ex-éleveurs de volailles. Vous, vous devez vous occuper des volailles qui ont été prises aux éleveurs de volailles.
Social-démocratie : Vous avez deux vaches. Les deux vaches forment un syndicat et se mettent en grève pour réclamer une augmentation de leur ration minimum de soja. Devant votre refus catégorique, elles organisent un blocus des étables et paralysent la distribution de lait. Au bout d'une semaine, voyant que le conflit tourne mal (comme le lait), le gouvernement prend le taureau par les cornes et organise une table ronde.
Totalitarisme : Vous avez deux vaches. Le gouvernement les prend et nie qu'elles ont jamais existé. Le lait est interdit.
Tribalisme : Vous avez deux vaches. Vous en sacrifiez une au dieu Xutlu, et le chef mange la seconde.

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[1] Je précise que cela n'a qu'une intention humoristique... Quoique...
[2] Une variante existe pour celle-là : Vous avez deux vaches, vous en vendez une et vous en achetez deux autres avec le produit de la vente. 
[3] Une variante existe pour celle-là : Vous aviez deux vaches. Consolez-vous, dans la société communiste du futur vous aurez toutes les vaches que vous voudrez. En attendant, faites la queue comme les autres devant la laiterie.
[4] Une variante existe pour celle-là : Vous avez deux vaches, le gouvernement subventionne l'achat de la troisième, mais vous devez vendre les deux premières pour payer vos impôts.
[5] Directement inspiré du film Le Parrain de Francis Ford Coppola (1972), adaptation du livre de Mario Puzo.
[6] Inspiré du film du même nom.

La Déclaration oubliée

En août 1789, l'Assemblée Constituante met la dernière main à ce qui deviendra la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen [1]. Alors que se dégradent les chiffres de la délinquance - les exemples quotidiens de la ville de Marseille nous le montrent - que le gouvernement propose à tour de bras de nouvelles taxes - 75% pour les revenus au-dessus d'un million d'euros, impôt sur l'EBE [2] - et que la liberté de chacun d'investir ou d'entreprendre est de plus en plus compromise, j'aimerais rappeler à nos chers dirigeants ce que déclarait, jadis, le deuxième article de cette déclaration. Il est ainsi rédigé : 
"Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression."
J'invite donc les membres du gouvernements, leur pléthore de conseillers, les députés de tous bords politiques, les sénateurs, les conseillers régionaux et départementaux et plus généralement tous les représentants de notre association politique à se rappeler de ce passage - voire du texte en entier, mais j'en demande peut-être un peu trop - lorsqu'ils prennent une décision ou rédigent une loi. Sans quoi ils ne se montrent pas digne de l'héritage politique et philosophique sur lequel repose notre nation depuis plus de deux cents ans.

A bon entendeur...

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[1] Le texte complet de la Déclaration est disponible à ce lien.
[2] L'impôt sur l'excédent brut d'exploitation (EBE) est inscrit au budget de l'année 2014. Un article sur le sujet est disponible sur le journal Le Huffington Post à ce lien.

Cours d'arithmétique

15 milliards d'euros d'économie. Voilà ce que promet le gouvernement dans son budget 2014. Dans le même temps, Bercy ajoute 18 milliards d'impôts supplémentaire soit, si vous faites la soustraction, 3 milliards d'euros de plus dans les caisses de l'état... Qui ne serviront évidemment pas à faire baisser les déficits, puisque, dans le même temps, le ministère des Finances expliquait que le déficit passera de 4.1 % du PIB cette année à 3.6 % l'année prochaine - contre respectivement 3.7 et 2.9 initialement prévus il y a six mois [1].

Et encore, ces chiffres ne sont valables qu'avec une croissance de 0.9 %, elle aussi revue à la baisse par rapport à la précédente estimation de 1.2 % [2].

Inutile d'être comptable pour comprendre que de nouveaux ajustements seront dès lors nécessaires afin de satisfaire à la fois nos partenaires européens [3] - Allemagne en tête - et les fameux marchés financiers qui, tous les jeudis, sont sollicités par l'Agence France Trésor. Rendez-vous dans six mois...

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[1] Ces chiffres proviennent d'une article du journal Le Figaro disponible à ce lien.
[2] Le FMI prévoit pour sa part une croissance de 0.2 % cette année et de 0.8 % en 2014.
[3] Rappelons à cette occasion que la Commission de Bruxelles a donné à la France jusqu'à 2015 pour revenir sous les 3 % de déficit.

Extrait de Rerum Novarum

En 1891, le pape Léon XIII [1] publiait une Encyclique, nommée "Rerum Novarum" [2]. Dans ce texte, le chef suprême de l'Eglise catholique, décrivait l'évolution de la société occidentale, passé en un siècle d'un monde essentiellement paysan à celui de l'industrie et des bouleversements technologiques et sociaux que cela a engendré.

Analysant cette nouvelle situation, Léon XIII critique ouvertement les dérives du socialisme et du collectivisme, soulignant, par ailleurs, le rôle du capital dans la génération de richesses ainsique la nécessité de préserver la propriété privée [3]. Il énonce aussi l'importance d'un contrat libre, liant le patron et le salarié, avant d'ajouter que les deux parties ainsi engagées se doivent un respect mutuel.

Je vous laisse, maintenant, parcourir les quelques extraits de cette Encyclique.
"La soif d’innovations s’est emparée des sociétés, l’industrie s’est développée. Les rapports entre patrons et ouvriers se sont modifiés. La richesse a afflué entre les mains d’un petit nombre et la multitude a été laissée dans la pauvreté [4]. 
Avec la concentration entre quelques mains de l’industrie et du commerce, un petit nombre d’hommes très riches imposent ainsi une domination presque servile à l’infinie multitude des prolétaires.
L’erreur capitale, c’est de croire que les deux classes sont ennemies, comme si la nature avait armé les riches et les pauvres pour qu’ils se combattent. Car, dans la société, les deux classes ont un besoin impérieux l’une de l’autre : il ne peut y avoir de capital sans capital, ni de travail sans capital.
L’ouvrier doit fournir intégralement et fidèlement tout le travail auquel il s’est engagé par contrat libre. Ses revendications doivent être sans violence.
Quant aux riches et aux patrons, ils ne doivent point traiter l’ouvrier en esclave. Parmi les devoirs du patron, il faut mettre au premier rang celui de donner à chacun le salaire qui convient.
De tout ce que Nous venons de dire, il résulte que la théorie socialiste de la propriété collective est absolument à répudier : le premier principe sur lequel doit se baser le relèvement des classes inférieures est l’inviolabilité de la propriété privée."
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[1] Léon XIII (1810-1903) a été le le 256ème pape de l'Eglise catholique de 1878 à 1903, soit pendant près de 25 ans.
[2] Littéralement "Des choses nouvelles".
[3] Il faut dire qu'à cette époque, l'Eglise avait été expropriée d'une grande partie de ses biens.
[4] Point plus que discutable tant le niveau de vie a augmenté pendant et après la révolution industrielle et la pauvreté diminué.

Interview d'Henri Schneider par Jules Huret

Jules Huret, journaliste connu pour ses interviews d'hommes célèbres - notamment d'écrivains - rapporta la discussion qu'il eût un jour avec Henri Schneider, fils d'Eugène Schneider, premier du nom, co-fondateur avec son frère, Adolphe, des forges du Creusot [1]. La conversation que je rapporte ici, est extraite de son ouvrage Enquête sur la question sociale en Europe publié en 1897.

Les deux hommes y abordent plusieurs thématiques telles que les relations entre le patron et ses ouvriers, le rôle du capital dans l'entreprise ainsi que la réglementation du travail [2]. Au regard des questions posées par Huret et des réponses fournies par l'industriel Schneider, force est de constater, qu'un peu plus d'un siècle plus tard, le débat se poursuit encore. Mais je vous laisse juger par vous-même.

"Henri Schneider : Mais les socialistes, qu’est-ce qu’ils veulent ?
Jules Huret : On dit qu’ils voudraient supprimer le patronat... ou plutôt les privilèges exagérés des patrons.
Henri Schneider : Est-ce admissible ? Ne faut-il pas une tête pour penser ? Rêve-t-on un Pasteur [3] sans tête qui trouverait, avec ses mains ou ses pieds, le moyen de guérir la rage ? De même, comment admet-on une usine sans une tête qui pense pour tous les autres, un patron ?
[...]
Jules Huret : Mais, s’il faut une direction à l’usine, est-il indispensable que ce directeur absorbe à lui seul tous les bénéfices ?
Henri Schneider : Ça, c’est autre chose. Pensez-vous qu’il ne faut pas de l’argent pour faire marcher une « boîte » comme celle-ci ? À côté du directeur, de la tête, il y a le capitaliste, celui qui apporte la forte somme. C’est ce capital qui alimente tous les jours les usines en outillages perfectionnés, le capital sans lequel rien n’est possible, le capital qui nourrit l’ouvrier lui-même. Ne représente-t-il pas une force qui doit avoir sa part des bénéfices ? Comment empêcher le capital de se former ? Je prends un exemple. Il y avait un ouvrier qui gagnait cinq francs par jour. Il s’est dit : « Tiens ! Bibi n’a besoin que de quatre francs pour vivre, Bibi va mettre un franc de côté tous les jours. » Au bout de l’année, il a 365 francs. Il recommence l’année suivante, dix ans, vingt ans de suite, et voilà un capitaliste ! Presque un petit patron ! Son fils pourra agrandir le capital paternel, c’est peut-être une grande fortune qui commence.
Jules Huret : Mais si l’ouvrier a cinq enfants et une femme à nourrir, comment mettra-t-il de l’argent de côté ? Bibi n’aura-t-il pas plutôt faim ?
Henri Schneider (M. Schneider leva les bras et les épaules d’un air qui signifiait) : Qu’y faire ? (avant d'ajouter) Ça, c’est une loi fatale.., On tâche, ici, de corriger, le plus qu’on peut, cette inégalité... mais comment la supprimer ? Oh ! À cet égard, le Pape [4] a dit tout ce qu’il y avait à dire. Je trouve que sa dernière Encyclique est une merveille de sagesse et de bon sens. Il y explique que le patron a des devoirs à remplir vis-à-vis des salariés [5].
Jules Huret : Et l’expropriation des industriels et des capitalistes, annoncée par les marxistes, comment l’envisagez-vous ?
Henri Schneider : C’est du vol ! On peut aller chez vous, prendre tout ce qu’il y a et vous expulser ! Je ne vois vraiment pas comment tout cela pourrait s’arranger.
Jules Huret : Que pensez-vous de l’intervention de l’État ? De la journée de huit heures ?
Henri Schneider : Je n’admets pas du tout l’intervention d’un préfet [6] dans les grèves. C’est comme la réglementation du travail des femmes et des enfants [7]. On décourage les patrons de les employer. Pour moi, la vérité, c’est qu’un ouvrier bien portant peut très bien faire ses dix heures de travail par jour et qu’on doit le laisser libre de travailler davantage si ça lui fait plaisir."

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[1] Les forges ayant fait faillite en 1833, les frères Adolphe et Eugène Schneider les rachetèrent avec l'appui de la banque Seillière.
[2] Pourtant bien peu contraignante à l'époque en comparaison d'aujourd'hui !
[3] Il s’agit bien ici du célèbre scientifique, découvreur du vaccin contre la rage.
[4] Ici, Henri Schneider fait allusion au pape Léon XIII, auteur de l'Encyclique "Rerum Novarum" en 1891, dans laquelle il critique l'idée de lutte des classes et plus généralement de socialisme, considérant que patron et salarié sont indispensable l'un à l'autre.
[5] Notamment au niveau des salaires.
[6] Le préfet est le représentant du ministère de l'intérieur chargé du maintien de l'ordre public.
[7] Je précise ici que le travail des enfants était déjà interdit avant l'âge de 12 ans à cette époque (et ce depuis 1840). La famille Schneider avait, à cet égard, fait bâtir des écoles pour éduquer et former les enfants des ouvriers.

La diplomatie du basket-ball

C'est officiel, Dennis Rodman, ancienne gloire du basket-ball américain et trois fois champion NBA avec les célèbres Chicago Bulls de Michael Jordan [1], va entraîner l'équipe nationale de la Corée du Nord [2]. Dans le même temps, le nouveau sélectionneur annonçait que deux rencontres auraient lieu au début du mois de janvier entre des joueurs nord-coréens et américains [3]. L'objectif - quelque peu ambitieux - annoncé est la participation aux prochains Jeux Olympiques, à Rio en 2016.

Toutes proportions gardées, cela rappelle l'époque où la délégation américaine s'était rendue au Japon à l'occasion des championnats du monde de ping-pong en 1971. La rencontre entre des joueurs américains et chinois - notamment une partie tardive entre Glenn Gowan et Zhuang Zedong qui se termina par le raccompagnement de l'Américain dans le car de la délégation chinoise et l'échange de cadeaux [4] - favorisa, à l'époque, un rapprochement entre les deux nations tant et si bien que les Américains furent invités quelques jours plus tard en Chine. Une première depuis 1949.

L'actuel leader du pays le plus fermé du monde, Kim Jong-un, serait, d'après les informations fragmentaires dont on dispose, un grand amateur de basket-ball et plus particulièrement du championnat nord-américain [5]. Il semblerait donc assez probable que le chef suprême de la République Populaire Démocratique de Corée - sous l'influence de Beijing - s'inspire de cette fameuse histoire pour se rapprocher des Américains après l'escalade de menaces qui ont été proférées au cours des derniers mois dans la péninsule. Entre temps, il aura compris que l'utilisation de l'arme nucléaire, que semble détenir Pyongyang, constituerait un suicide et la perte de son pouvoir.

Cette politique de détente est aussi à l'ordre du jour avec le voisin du Sud puisque la réouverture site de Kaesong, à la frontière des deux pays, a été annoncée dans la foulée [6]. Le signe que le régime de Pyongyang veut détendre ses relations diplomatiques avec les pays occidentaux, et notamment celles avec Washington. L'hiver approchant, la nourriture se raréfie et il ne fait aucun doute que le besoin de l'aide extérieure commence à se faire sentir dans la population affamée. Il faut, à cette occasion rappeler, que depuis la chute brutale de l'Union Soviétique en 1991, Pyongyang ne dispose plus des immenses moyens et ressources du monde communiste. Sans l'aide humanitaire internationale dont le pays bénéficie aujourd'hui, des millions de gens seraient condamnés à la famine [7].

Bien que la décision de Dennis Rodman soit critiquable d'un point de vue morale - le régime nord-coréen n'est pas réputé pour respecter les droits de l'homme [8] - et qu'elle s'accompagne d'une probable forte rémunération de l'ancien joueur [9], il est à espérer que les deux matches de prévu entre les deux pays soient l'occasion d'un rapprochement symbolique, synonyme d'un rapprochement diplomatique dans un proche avenir. Plus que tout, les occidentaux doivent y voir une chance d'infléchir la position de Pyongyang, avec à terme, espérons-le la chute de cet état totalitaire [10]. Une chance qui ne se représentera peut-être pas de sitôt...

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[1] Trois titres obtenus entre 1996 et 1998.
[2] L'information est consultable sue le site du journal Le Figaro à ce lien.
[3] Scottie Pippen et Karl Malone, anciens stars de la NBA, seraient attendus...
[4] Connue sous le nom de "Diplomatie du ping-pong", elle déboucha sur la reconnaissance de la Chine communiste par le président Nixon en 1972.
[5] Il aurait découvert ce sport pendant ses études en Suisse.
[6]  La nouvelle a été rendue publique par Radio France International et est disponible à ce lien.
[7] L'aide n'est d'ailleurs pas suffisante.
[8] Rappelons du destin du sélectionneur de l'équipe de football lors de la Coupe du Monde 2010.
[9] Dennis Rodman serait, selon la rumeur, ruiné.
[10] Je rappelle que des camps de travail existent encore dans le pays. Des milliers de personnes y seraient détenus.

Résistance !

Demain, une journée de mobilisation pour protester contre la réforme des retraites du gouvernement Ayrault a été décidée par plusieurs syndicats à travers le pys. Pour tous le mot d'ordre est simple : "nous ne travaillerons pas un trimestre de plus, ni n'accepterons de baisses des pensions de retraites" [1]. 

Et pourtant avec l'actuel système et la démographie qui est la nôtre, il ne fait plus aucun doute que c'est ce qui va leur (nous ?) arriver ! Soyons réalistes : comme de plus en plus de gens veulent toucher une retraite, il faut soit de nouveaux pigeons pour donner de l'argent, soit que les pigeons actuels donnent plus ou plus longtemps... Une véritable chaîne de Ponzi [2] formée depuis plus de 60 ans. Si elle n'était pas soutenue par l'état, elle se serait effondrée depuis bien longtemps. D'ailleurs même avec son aide, je vous fais le pari qu'elle ne tiendra pas encore des années... Le système par répartition a fait son temps et est aujourd'hui en équilibre instable. Il finira tôt ou tard par s'effondrer, emportant avec lui des millions de personnes qui n'auront plus que leurs yeux pour pleurer.

Rafistoler ce système, comme l'ont fait presque toutes les majorités ces vingt dernières années, ne fait que repousser un peu plus l'échéance. Encore un peu monsieur le bourreau. Une énième réforme ne permettra pas d'équilibrer les caisses de retraites sur le long terme et à n'en point douter, une autre sera nécessaire avant la fin de la décennie.

La véritable urgence, aujourd’hui, n'est pas de manifester pour sauver le système mais de se battre pour en créer un nouveau. Mais afin de protéger leurs petits avantages, leurs petits privilèges [3], grappillés çà et là depuis des décennies à force de manipulation des majorités successives, les syndicats de toutes les tendances préfèrent freiner des quatre fers. Il faut dire qu'avec les subventions reçues de l'état, on ne peut pas penser réellement qu'ils défendent les droits du salarié lambda, tout juste bon à remplir les cortèges...

Pendant ce temps, les actifs paient pour leurs aînés sans assurance que le système sera encore opérationnel quand viendra l'heure pour eux de prendre leur retraite. Ils peuvent voir se profiler un futur sous forme d'une double peine : continuer à nourrir l’ogre de la répartition - au nom de la solidarité nationale - tout en essayant de se constituer un capital retraite car ils savent que la rente mensuelle de l'état ne sera pas suffisante pour vivre décemment, et ce malgré une vie de travail. C'est ici, et pas ailleurs, que réside la vraie injustice.

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[1] J'avoue le plagiat de la formule de Gérard Filoche.
[2] Bernard Madoff en a été l'un des plus ardents promoteurs.
[3] Par exemple les régimes spéciaux de la fonction publique.

Vers Paris 2024 ?

La nouvelle est tombée hier : Tokyo organisera les Jeux Olympiques d'été en 2020 [1]. Au moment où le pays doit encore affronter les terribles conséquences du Tsunami de 2011 - et notamment le démantèlement du complexe nucléaire de Fukushima - la population du pays s'est réveillée avec, semble-t-il, l'ambition de prouver au monde qu'elle pourrait faire face à ses deux événements.

Pourtant, elle ne pourra pas faire oublier au monde la note que va devoir payer le contribuable japonais pour organiser cette olympiade : 5.9 milliards d'euros auxquels s'ajoutent une cinquantaine de millions déjà dépensés pour la candidature et la campagne qui ont déjà eu lieu [2]. Et encore, ce n'est qu'une estimation car, à n'en point douter, cette somme sera bien supérieure comme cela a souvent été le cas par le passé pour les précédentes villes organisatrices.

En France, cette information a tôt fait de raviver les espoirs de voir à nouveau le drapeau aux cinq anneaux [3] flotter à nouveau dans le ciel de Paris. Pour 2024. En effet, comme il est désormais admis que l'événement doit changer de continent à chaque édition, la victoire de Tokyo semble être de bon augure pour une ville européenne. Istanbul, vaincue cette fois-ci, ne manquera pas de retenter l'aventure et Rome a déjà annoncé son intérêt. Reste notre capitale. Les partisans d'une candidature ont déjà un argument tout trouvé : cela fera exactement un siècle que les derniers Jeux d'été ont été organisés en France [4]. Une occasion en or que ne manqueront pas d'exploiter d'éventuels slogans.

Alors que les municipales approchent, les deux candidates désignées, pourraient reprendre le flambeau abandonné en 2005 par Bertrand Delanoë, après la campagne "Paris 2012" qui s'était soldée, rappelons-le, par une défaite amère et cinglante contre la ville de Londres [5]. Une déception pour certains. Un ouf de soulagement pour d'autres. Je fais partie de la deuxième catégorie. Car bien que je sois un spectateur friand de ce genre d'événements, je considère, néanmoins qu'il faut s'y reprendre à deux fois avant d'en accepter l'organisation. La principale raison qui peut amener à réfléchir est l'investissement qui doit être entrepris. Je pose donc la question : est-ce bien raisonnable pour une ville déjà fortement endettée - 10 milliards d'euros [6] - de se lancer dans une telle aventure ? Doit-on faire porter au contribuable de nouvelles dépenses et donc de nouvelles taxes ? Ce serait absurde, non ?

Cependant, ils sont nombreux à essayer de convaincre l'auditoire du bien-fondé d'un tel investissement. "Cela créera des emplois", disent les uns, "les touristes afflueront dans la capitale", nous déclarent les autres. Pourtant, je ne peux pas m'empêcher de voir à quel point certaines infrastructures construites à l'occasion des Jeux restent désespéramment inutilisées avant de devenir inutilisables [7]. De véritables éléphants blancs. Sans compter que les fameux emplois créés pour construire ces édifices ne sont qu'une illustration de plus du sophisme de Bastiat, "il y a ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas"... Alors sont-ils vraiment nécessaires ?

Enfin, l'argument qui consiste à dire que la France, en tant que grande puissance, doit organiser de grandes compétitions sportives est caduque quand on se rappelle qu'elle accueille en 2016, l'Euro de football...

Plus sérieusement, ceux qui veulent vraiment voir les Jeux - d'été ou d'hiver [8] - venir en France doivent comprendre que c'est à eux de mettre la main à la poche et en aucun cas au contribuable qui au mieux se désintéressera de l'événement ou au pire devra subir quinze jours de blocage complet de la ville. Seul le consommateur doit payer, pas le contribuable. Et cette règle devrait valoir pour toute dépense, au sens général du terme : au nom d'une quelconque solidarité nationale, aucune entité ne devrait pouvoir utiliser de l'argent public. Surtout si au final, il doit éponger sur plusieurs décennies les décisions inconsidérées de ses représentants politiques [9].

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[1] Infomation disponible sur le site du journal Le Figaro à ce lien.
[2] Information relayée par le journal L'Equipe et disponible à ce lien.
[3] Dessiné par Pierre de Coubertin, l'inventeur des Jeux Olympiques modernes.
[4] Paris a organisé les Jeux d'été en 1900 et en 1924. La France avait aussi accueilli les Jeux d'hiver la même année à Chamonix. Grenoble lui succédera en 1968 et Albertville en 1992.
[5] Le lobbying avait eu raison de la candidature parisienne...
[6] Selon une estimation du journal L'Express consultable à ce lien.
[7] Allez jeter un coup d’œil à la piste de bobsleigh de la Plagne...
[8] Qui se souvient de la calamiteuse campagne d'Annecy il y a deux ans, pour les Jeux d'hiver de 2018 ?
[9] Un exemple parmi d'autres : le stade olympique de la ville de Montréal, construit à l'occasion des Jeux d'été 1976, est dans un état de délabrement avancé alors qu'il n'est pas fini de rembourser...